Politique/Élections italiennes
« Beppe Grillo a réussi à traduire dans les urnes le message des Indignés »
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 68 de Philosophie magazine « 68 - avril 2013 », en kiosque le 21 mars 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les législatives italiennes ont accouché d’une majorité instable, du retour de Berlusconi, de la mise sur orbite du comique Beppe Grillo, mais aussi d’une bonne nouvelle : l’élection de Michela Marzano, une philosophe installée en France de longue date. Nous avons demandé à la toute récente députée ses impressions.
Que vous inspire le résultat des législatives en Italie ?
Michela Marzano : Ce vote est un message de défiance adressé aux politiques après vingt années d’affaires de corruption et de promesses non tenues. Une minorité d’Italiens continue d’être aveuglée par la démagogie de Berlusconi et ses promesses de baisses d’impôts, séduisantes en période de crise. Mais le succès du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo démontre qu’une part croissante d’Italiens refuse ce « populisme fiscal ». Je partage les critiques adressées aux élus, mais mon parti, le parti démocrate [centre gauche], a fait des efforts de renouvellement en présentant nombre de candidats issus de la société civile, ainsi que des femmes et des jeunes. Le succès de Grillo s’explique par son audience chez les 30-45 ans, souvent passés par l’Université. Mario Monti a expliqué que cette génération était perdue et que l’objectif était de sauver la génération suivante. Un propos cynique, mais surtout irréaliste : il est vain de croire que l’on peut effacer d’un trait de plume une génération. Cette génération est la mienne. J’ai eu la chance de réussir mais, autour de moi, beaucoup de gens talentueux n’ont pas trouvé de postes. Le Mouvement 5 étoiles a réussi à traduire dans les urnes le message des Indignés. Il défend à juste titre des propositions pour la moralisation de la vie publique qui sont aussi celles du Parti démocrate, notamment la suppression des revenus à vie perçus par les anciens élus. La percée de Grillo pourrait obliger les partis à se renouveler plus encore. En même temps, son discours est antipolitique : prétendument volontariste, il est en réalité vide de propositions concrètes et rejette le clivage droite-gauche là où la politique est basée sur la distinction entre des visions du monde différentes. D’autre part, le message destructeur véhiculé par Grillo contre la classe politique et l’Europe est très inquiétant.