Démocratie

Petite histoire de l’urne et de l’isoloir

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Rueil-Malmaison, le 12 mars 1978. La comédienne et chanteuse française Line Renaud et son mari Louis “Loulou” Gasté sortent de l'isoloir, lors du vote pour le premier tour des élections législatives de 1978

Rueil-Malmaison, le 12 mars 1978. La comédienne et chanteuse française Line Renaud et son mari Louis “Loulou” Gasté sortent de l'isoloir, lors du vote pour le premier tour des élections législatives de 1978. © Robert Delvac/AFP

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Alors que l’absention connaît des records, notamment aux élections régionales et départementales de juin 2021, de plus en plus de voix se font entendre en faveur du vote électronique. C’est oublier un peu vite, explique Jean-Marie Pottier, l’importance symbolique de l’urne et de l’isoloir dans notre histoire républicaine.

 

Dans A voté. Une histoire de l’élection (Anamosa, 2017), l’historien Laurent Le Gall parle d’« une scène éphémère de l’élection centrée sur l’urne, [...] sanctuarisée avec le temps » : elle participe d’une « idéalisation de la communauté civique », communauté qui « se distingue de celle que promeut la technologie d’un vote électronique invitant extensivement à s’exprimer de là où l’on se trouve ». Cette scène n’est pas apparue dans sa forme actuelle avec la naissance de la démocratie en France, ni même avec l’instauration du suffrage universel masculin. En 1848, les électeurs se contentent de remettre au président du bureau de vote un bulletin plié en deux qu’ils ont rempli ou, pour les illettrés, fait remplir : c’est l’époque où Alexis de Tocqueville, réélu député de la Manche, conduit « ses » paysans en délégation au chef-lieu pour voter et où, écrit-il, « tous les votes furent donnés en même temps, et j’ai lieu de penser qu’ils le furent presque tous au même candidat ».

Il faut attendre 1913 pour que la loi impose la présence d’isoloirs dans les bureaux de vote dans le but, notamment, de lutter contre la fraude et les pressions électorales. Le débat parlementaire dure des années et fait s’affronter, écrit Alain Garrigou dans son article « Le secret de l’isoloir », « des conceptions du citoyen derrière la façade des arguments techniques », met face à face « ceux qui tiennent leur élection de ce qu’ils sont à ceux qui doivent ce qu’ils sont à leur élection ». Les députés issus des rangs de l’aristocratie et des propriétaires s’opposent à cette innovation, et voient dans l’isoloir, selon les mots du monarchiste de Vendée Paul Bourgeois, un endroit où l’électeur « peut [...] perdre son bulletin et la tête aussi ». À l’inverse, un député du groupe des républicains progressistes, Charles Benoist, y voit le moyen de « tirer le suffrage universel de l’état rudimentaire, l’état inorganique où il est resté jusqu’à présent ».

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