Intervention

Bernard Stiegler. « C’est toute une écologie de l’affect que la télévision vient court-circuiter »

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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le philosophe réagit à la toxicité des images télévisées sur le cerveau des jeunes enfants.

Quelles sont les conséquences, sur les enfants, de la consommation d’images télévisées ? Le problème, est-ce l’écran ou le programme ?

On a admis au cours des dix dernières années que le tabac tue. Il faudrait aujourd’hui admettre que la télévision détruit l’appareil psychique des enfants et affecte leur organisation cérébrale. En dix ans, elle est devenue un fléau mondial. Alors que se développent des chaînes comme Baby First (pour les bébés de 6 mois à 3 ans), nombre d’études scientifiques prouvent l’extrême toxicité de la télévision en particulier à cet âge. La consommation audiovisuelle précoce modifie la formation des circuits synaptiques entre les neurones, ce qui peut entraîner un déficit attentionnel et une hyperactivité. La télévision suspend la motricité. Or la relation motrice que le bébé entretient avec ses parents par l’intermédiaire d’objets transitionnels (doudous, jouets, etc.) est le socle de sa construction affective. La télévision court-circuite aussi l’identification primaire, relation d’identification indélébile du jeune enfant avec son environnement proche, telle que la définit Freud. Cette relation sert de base psychique à la construction de sa personnalité et est un vecteur d’identification à l’idéal du moi des parents, et à travers eux d’intériorisation du surmoi – ce qui rend possible un effet de la loi sur l’individu, sans quoi aucune société n’est possible. Un enfant prématurément dépendant de la télévision s’identifie primairement non plus aux parents mais à la télévision. Ces modèles identificatoires étant artificiels, les enfants comblent le défaut d’identification par la marchandise et deviennent ainsi des hyperconsommateurs.

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