Bhagavad-Gîtâ . L’œuvre
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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La Bhagavad-Gîtâ (« Le Chant du Bienheureux ») est certainement le texte le plus fameux que nous a légué l’Inde ancienne. Il s’agit d’un poème à caractère philosophique et religieux, dont on situe généralement la composition vers le IIIe siècle avant notre ère. Écrite en sanskrit, la Gîtâ n’a pas d’auteur identifié ; son élaboration s’est probablement réalisée par couches successives, à partir d’un noyau dû à un ou plusieurs brahmanes anonymes (les brahmanes sont les détenteurs traditionnels du savoir religieux). L’œuvre s’intègre dans un ensemble beaucoup plus vaste : elle constitue un chapitre, un épisode décisif de la monumentale épopée du Mahâbhârata (texte également difficile à dater, la fourchette admise allant du IIIe siècle avant J.-C. au IIIe siècle après J.-C.). Le Mahâbhârata narre le conflit entre deux clans unis par des liens de parenté : d’un côté, les Pândava, de l’autre, les Kaurava. Les représentants des deux camps sont cousins ; le père des Pândava et celui des Kaurava sont frères. À la suite d’une manœuvre des seconds pour s’emparer du pouvoir, la guerre devient inéluctable. La Bhagavad-Gîtâ nous projette juste avant le début des hostilités. Un guerrier émérite des Pândava, Arjuna, se retrouve en plein dilemme : doit-il accomplir son devoir, ce qui impliquerait de tuer des membres de sa famille ? Son cocher, qu’il connaît depuis l’enfance et qui est en réalité le dieu Krishna, va le convaincre de prendre les armes. Sur cette base, la Gîtâ, imprégnée des divers courants de la pensée indienne antérieure, développe un enseignement spirituel sur les conditions de l’acte juste et du salut. C’est également une ode lyrique à Krishna lui-même, et le texte est devenu sacré dans l’hindouisme. Le succès populaire du poème ne s’est jamais démenti ; il a par ailleurs fortement influencé Gandhi, qui y a vu une source de sa doctrine de la non-violence. Au-delà des frontières du sous-continent, la Gîtâ a été prisée par des penseurs occidentaux, de Schopenhauer à Simone Weil, et c’est l’œuvre indienne la plus traduite dans le monde – son rayonnement est universel.