Ethnomythologies

Broderie féministe. De filles en aiguille

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Broderie féministe. De filles en aiguille

Broderie © Hubert Didona/saif images

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Cet article est issu du numéro 167 de Philosophie magazine « Est-ce qu’on travaille trop ? », en kiosque le 16 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Activité traditionnellement dévolue à des femmes au foyer, la broderie revit depuis qu’elle est subvertie par le féminisme. Mais pourquoi cette parole libérée – et souvent crue – passe-t-elle par l’intermédiaire d’un canevas ?

 

Depuis sept ou huit ans, un vent de révolte féministe souffle sur la broderie. Tout a commencé par des œuvres d’art, comme les magnifiques nus ornés d’Ana Teresa Barboza ou les broderies de Jess de Wahls représentant des femmes d’importance – Toni Morrison ou Élisabeth II – mais aussi des doigts d’honneur et des défilés LGBT. De Wahls a également fabriqué de petits écussons brodés à déposer partout dans la maison, illustrant ce qui, de la femme, était naguère tabou : la vulve, les règles, les poils… Toutes deux constituent l’avant-garde d’un mouvement de fond.

Ces dernières années, confinement pour cause de Covid aidant, des milliers de sites Internet et de comptes Instagram sont apparus pour exposer des œuvres plus crues – plus militantes, surtout. Surprenant contraste entre les délicats motifs floraux et les mots tissés. Ainsi, ces ronds de canevas portant en leur centre « Pupute », « Saperlipopute » ou « Kiss my ass » signés par le collectif de brodeuses @borntobrode, ceux ornés des slogans « On ne rasera ni les murs ni nos chattes », « Mort au patriarcat », « Va bien te faire cuire le cul » par @brodepute, ou « Patriarcaca », « Foufoune dans ta bouche », « Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler » de @broderiefeministe. On trouve aussi la réappropriation d’insultes en anglais – slut (« salope ») ou dyke (« gouine ») –, des critiques, ceintes de fleurs, de l’homme au sexe flaccide, ou l’image d’héroïnes des combats féministes – Angela Davis, Simone Veil, Ibtihaj Muhammad, escrimeuse américaine voilée, ou Mahsa Amini, assassinée par la police des mœurs iranienne…

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