Le chant des signes

Buzz, beaucoup de bruit pour rien ?

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Cet article est issu du numéro 47 de Philosophie magazine « 47 - mars 2011 », en kiosque le 24 février 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pourquoi avons-nous emprunté aux Anglais le terme qui désigne le bourdonnement des abeilles pour signifier la métamorphose de la rumeur à l’âge d’Internet ? Sans doute parce que, protégés de la honte du voyeurisme par leur écran, les internautes adoptent des comportements aussi grégaires que ces insectes.

Qu’il soit « barouf », « schprounz » ou « ramdam », le « buzz » ne veut rien dire. C’est un anglicisme bourdonnant, un vacarme qui empêche d’entendre, l’éphémère attroupement qui fait un bruit d’abeille.

D’ailleurs, tel un essaim d’hyménoptères trop généreux, dont l’imprévoyance qui les précipite sur une même fleur aux dépens des autres provoque à terme la mort de la ruche, la limaille des internautes, aimantée par la rumeur et le goût de l’insolite, épuise et ronge un spectacle jusqu’à l’os, avant de passer à autre chose, de l’oublier pour élire une nouvelle pitance. Le buzz se comporte exactement comme un virus. Qu’il soit « du jour », « de la semaine » ou « du mois », le buzz est une feuille de journal qu’on jette dans le feu, le cri de ralliement d’une colonie pavlovienne qui réduit un phénomène à son trognon en le diluant dans l’intérêt transitoire qu’il inspire. Buzz est fils de Zap.

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