Dossier / “Que peut-on opposer à la violence ?”

Comment rester au-dessus du volcan ?

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Comment rester au-dessus du volcan ?

© Emmanuel Pierrot/Agence VU

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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Des incivilités aux guerres hybrides en passant par les féminicides, la violence se dissémine sans que nous ne sachions plus comment y faire face. Mais avant de déterminer s’il faut esquiver, négocier ou résister, il convient de mesurer l’abîme auquel elle nous confronte.

 

Scène 1, vécue

Je rentre chez moi, tardivement, en train, après une longue journée de travail. Dans le wagon presque vide, deux garçons et une fille s’installent non loin de moi. Ils regardent des vidéos sur leur téléphone… en mode haut-parleur. Heurté par le volume sonore qu’ils imposent dans cet espace partagé, je m’approche pour leur demander de mettre des écouteurs. « Mais pour qui tu te prends ! Si t’es pas content, t’as qu’à prendre le taxi ! » me répond la fille, alors que ses camarades rient, comme stupéfaits que j’ose faire une telle demande. Je prends acte de leur refus et, en guise de contre-offensive, fais retentir ma propre musique depuis mon mobile. Le bras de fer à peine installé, voilà que débarque une patrouille d’agents de la sûreté ferroviaire. Après que je leur ai exposé la situation, ils invitent les jeunes gens à couper le son sous peine d’une amende. Ceux-ci s’exécutent mais ne peuvent s’empêcher de faire valoir que c’est moi, en réalité, qui suis à l’origine du différend. Trop content d’avoir vu la force publique me restaurer dans mes droits, je savoure le silence qui règne désormais dans le wagon…

 

Scène 2, lue

Judith Chemla, actrice qui avait publié en 2022 une photo sur Instagram de son visage tuméfié après avoir été agressée par son ex-compagnon et père de sa fille, revient dans un récit sidérant, Notre silence nous a laissées seules (Robert Laffont), sur les situations d’emprise, de harcèlement et de violence physique qu’elle a subies de la part de cet homme, comme du père de son fils, dix ans auparavant. Elle raconte le long combat qu’elle a mené afin de trouver la force en elle mais aussi auprès des siens, des représentants de l’ordre et de la justice, de faire reconnaître les faits et d’éloigner ou de faire condamner ses agresseurs décidés à la détruire. Revenant sur le moment où elle a signifié au père de son premier enfant, alors âgé d’à peine 1 an, qu’elle entendait le quitter, elle raconte ainsi sa réaction : « Ces premiers mots le mettent hors de lui. Son visage se déforme ; il se jette sur moi, sans élan, comme un fauve. De toute sa puissance, il me renverse, ma chaise tombe sous son poids. J’ai basculé brutalement en arrière, ma tête est passée à quelques centimètres de la poignée métallique du meuble de rangement. Ce moment s’est gravé au ralenti dans ma mémoire, mais en un instant il est à genoux sur moi. J’ai tout son poids sur la poitrine et il me tient à la gorge. Il serre de plus en plus fort en hurlant : “Pute ! Pute ! Qu’est-ce que tu me fais ? Monstre ! Monstre ! Je te hais ! Qu’est-ce que tu me fais ?” »

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