Société

Dans quel pays dort-on le mieux ? Et pourquoi ?

Temps de lecture : 7 min

Dans quel pays dort-on le mieux ? Et pourquoi ?

© Kristijan Binski/iStockphoto

Cet article est réservé aux abonnés.

Écart de 1h30 entre le temps de sommeil désiré et le sommeil effectif, variation selon les conditions sociales, le genre ou le statut – de propriétaire ou de locataire –, inquiétude de ne pas être capable de dormir… qui complique l’endormissement : les enseignements de l’étude mondiale menée par le cabinet d’analyse Globescan auprès de 55 000 dormeurs dans 57 pays pour la multinationale Ikea sont nombreux. Mais l’un des plus étonnants tient au fait que les pays qui obtiennent les meilleurs résultats sont imprégnés de l’expérience archaïque du sommeil collectif. Enquête.


La meilleure façon de dormir…

Quelle est la clef du sommeil ? L’enquête annuelle conduite pour la firme Ikea par le cabinet d’analyse Globescan auprès de 55 000 dormeurs dans 57 pays, qui donne à voir l’état du sommeil à travers le monde, est riche d’enseignements. Premier constat : l’existence généralisée d’un « sleep gap », soit l’écart entre le temps de sommeil désiré (qui varie d’un pays à l’autre) et celui du sommeil effectif. Ce sleep gap est en moyenne de 1h20 dans le monde. Mais la situation est très variable d’un pays à l’autre. En Turquie, l’écart est très élevé : le temps de sommeil désiré est de 9h, le temps effectif est de 6h42. Au contraire, l’écart est moindre au Japon, alors même que le temps de sommeil moyen n’est que de 6h10 (moyenne la plus basse dans le monde), en raison d’un seuil peu élevé de sommeil désiré (7h23). L’importance accordée au sommeil n’est pas la même selon les pays. Si en moyenne, 70% des enquêtés considèrent le sommeil comme l’un des grands bonheurs de la vie, ce chiffre monte à 73% en Indonésie, mais n’est que de 66% en Égypte.

Alors, où dort-on le mieux ? La Chine se positionne en haut du classement. C’est le seul pays à dépasser 7h de sommeil en moyenne. C’est aussi le pays qui présente le plus haut résultat au « Ikea Sleep Score », indice déclaré de qualité de sommeil variant de 0 à 100, avec un score de 74. La moyenne mondiale s’établit à 63. En bas du classement, on trouve la Norvège, qui plafonne à 56, non loin des États-Unis, de la Suède et de l’Irlande (57). Comment l’expliquer ? Les auteurs de l’étude glissent une hypothèse : « Les pays qui obtiennent les meilleurs résultats, comme l’Indonésie et l’Inde, accordent une grande importance à la famille. Les liens sociaux peuvent souvent contribuer à créer une communauté et un objectif supérieur qui alimente le bonheur général, ce qui peut à son tour avoir un impact sur le sommeil. » Peut-être faut-il y voir, aussi, la rémanence d’un archaïsme : comme l’écrit la psychologue américaine Kat Duff dans La Vie secrète du sommeil (2014), « dans les sociétés traditionnelles de chasseurs-cueilleurs, les membres d’une même famille se blottissent les uns contre les autres […] Le fait de partager le même lit […] procure une certaine sécurité. » La chaleur du groupe, le sentiment d’appartenance favorisent le sommeil (même si ce groupe n’est plus aujourd’hui matérialisé par le lit familial partagé). Au contraire, « dans la plupart des foyers d’Europe du Nord et des États-Unis, les gens se replient dans leurs résidences particulières, verrouillent les portes et se retirent dans des pièces conçues pour dormir seuls ou en couple. […] La sécurité provient d’une sombre solitude, silencieuse et bien gardée », et pas de cette chaleur familiale qui, ailleurs, nimbe davantage l’existence individuelle.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Dualisme FacultéVie