Radar
Décoloniser l’imaginaire
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Cet article est issu du numéro 6 de Philosophie magazine « 6 - février 2007 », en kiosque le 25 janvier 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Après l’Afrique et l’Amérique latine, l’ethnologue Marc Augé s’est tourné vers son environnement et s’attache à décrire les réalités quotidiennes. L’auteur du Métier d’anthropologue, sens et liberté (Galilée) a choisi dans l’actualité trois événements qui lui inspirent un commentaire distancié.
« La personne de Ségolène Royal est placée sous le signe de l’inversion »
Les primaires du PS m’ont fait penser aux rituels d’inversion chez certains peuples premiers. Ce sont des rituels sexuels au cours desquels les femmes imitent les hommes et inversement, ou bien, comme dans certains royaumes africains, des moments singuliers lors desquels les esclaves jouent à l’occasion de ses funérailles le rôle du roi mort. Ces figures d’inversion sont intéressantes parce qu’elles ont joué dans la désignation de Ségolène Royal : une femme a pris la place des hommes. Ordinairement, ces rituels sont faits pour évacuer tout ce qu’il y a de subversif dans l’inversion – l’esclave est mis à mort, les femmes reprennent leur rôle subalterne, etc. Mais il y a une vertu cathartique de la caricature. Les femmes moquent les hommes, ce qui prouve que, dans ces sociétés pourtant lignagères et fermées, personne n’est dupe de la hiérarchie des dominations qui s’y opère. Dans le cas de Ségolène Royal, ce mécanisme ne se limite pas à sa vertu cathartique : le rituel débouche sur du réel. Je ne pense pas que Ségolène Royal ait eu la problématique des sociétés africaines en tête, mais elle a parfaitement joué et dépassé le rituel d’inversion des peuples premiers lors de son accession à la position de prétendante à la fonction suprême.