Société / Travail

Denis Maillard: “ Il faut protéger l’entreprise de la guerre identitaire qui couve dans la société”

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Cet article est issu du numéro 115 de Philosophie magazine « Pourquoi est-il si difficile de changer ? », en kiosque le 30 novembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que la religion s’installe durablement en entreprise selon l’Observatoire du fait religieux en entreprise (Ofre), comment arbitrer les revendications ? Réponses de Denis Maillard qui vient de publier “Quand la religion s’invite dans l’entreprise”.

D’après la dernière étude de l’Ofre, 65 % des salariés déclarent avoir été confrontés à des faits religieux sur leur lieu de travail, et si 70 % pensent que l’entreprise n’a pas à s’adapter, 73 % admettent qu’on puisse y prier. Comment interprétez-vous ces éléments contrastés ?

Denis Maillard : Le fait religieux au travail est massif, mais il n’est pas nécessairement problématique. Les salariés connaissent la religion de leurs collègues et en parlent volontiers. En revanche, certaines revendications relatives à la visibilité ou à l’aménagement de l’espace et du temps de travail les heurtent. Le code du travail n’interdit pourtant pas l’expression de la religion au travail. C’est que la laïcité française, au-delà des textes, est « dans les têtes ». Le conflit multiséculaire avec la religion a légué l’idée qu’elle devait rester un phénomène privé. Aussi, quand un salarié refuse de serrer la main d’une collègue, de transporter de l’alcool ou une tranche de jambon, cela heurte cette culture de la laïcité.

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