Point de vue
Denis Maillard : “Légiférer sur la neutralité religieuse en entreprise est le seul remède aux passions qui nous divisent”
Une employée d'Amazon portant le voile au centre de distribution robotisé de Brétigny-sur-Orge, au mois d’octobre 2019. © Alain Guilhot/Divergence
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Alors que le gouvernement s’apprête à étendre le principe de neutralité religieuse dans les entreprises privées ayant des missions de service public, l’essayiste Denis Maillard y voit une réponse aux transformations de la société civile conforme à l’esprit de la laïcité à la française.
Jusqu’à présent, les salariés des entreprises qui exercent des missions de service public, sans être pour autant des agents du service public proprement dit – de la RATP à ADP (ex-Aéroports de Paris) en passant par les crèches, les piscines ou les bibliothèques municipales – relevaient du droit privé. Ils n’étaient donc pas concerné par le respect strict de la neutralité qui leur interdisait de manifester dans le cadre de leur travail leurs opinions ou convictions religieuses. Seule une jurisprudence de la Cour de cassation datant de 2013 le demandait. Avec le projet de loi « confortant les principes républicains » en discussion à partir du 9 décembre, le gouvernement veut inscrire cette jurisprudence dans la loi et étendre ainsi la neutralité à une partie de la société civile. Est-ce une embardée de l’État hors de son domaine de compétence ou une démarche conforme à l’esprit de la laïcité ?
Nous devons à la philosophe Catherine Kintzler la meilleure explication de la spécificité du régime de laïcité dans lequel la France évolue. Cette dernière distingue, à la différence des théories classiques, trois sphères – publique, civile et privée –régies chacune par une règle juridique et un principe d’organisation. Dans la vie quotidienne, ces sphères se mêlent sans arrêt, rendant les débats sur la laïcité compliqués. Philosophiquement, il est utile de les distinguer.