Des mécréants ?

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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Certes, notre nation a une longue tradition chrétienne. Mais la France est aujourd’hui l’un des pays les plus incroyants d’Europe. Une caractéristique qui s’explique notamment par la force de pensée du courant matérialiste, dont le philosophe Jean-Claude Bourdin retrace ici l’histoire.

« En 1980, Jean-Paul II s’adresse ainsi à la France : “Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ?” Mais il est déjà bien trop tard pour s’alarmer de la désertion des églises… Car c’est dès le XIIIe siècle que l’institution chrétienne a commencé à s’affaiblir, de l’intérieur, ouvrant une brèche dans laquelle ont pu s’infiltrer un scepticisme et un matérialisme sans équivalents dans le reste du monde.

Au Moyen Âge, certains professeurs de l’Université, pourtant sous contrôle étroit de l’Église, ont en effet favorisé une interprétation d’Aristote inspirée d’Averroès, distinguant dans un esprit rationaliste foi et science, données comme deux expressions différentes du vrai. On est loin de la vision conforme au dogme chrétien défendue par Thomas d’Aquin. Dans le même temps, l’Église française prend peu à peu ses distances avec Rome – c’est le gallicanisme. Un terrain favorable, même indirectement, à l’analyse critique des dogmes et à un esprit de liberté commence donc à voir le jour. Ainsi, les progrès de la médecine à la Renaissance, en Italie notamment, sont bien accueillis en France. Pourtant, un médecin, même croyant, observe le corps et se rend compte qu’il joue un rôle fondamental, et le fait de savoir s’il existe une âme distincte du corps est pour lui absurde ! Avec l’averroïsme, ce naturalisme médical constitue le terreau du futur matérialisme athée.

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