Marcel Conche : “Il n’y a pas de religion d’Épicure”
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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La théorie de Pierre Vesperini n’a pas séduit Marcel Conche, l’un des plus fins connaisseurs d’Épicure. Pour lui, si le philosophe atomiste fait preuve de piété, son système rationnel s’inscrit néanmoins contre la religion. Explications.
« Je ne suis pas du tout convaincu par l’hypothèse selon laquelle Épicure aurait voulu fonder une nouvelle religion. Pour une raison simple, il n’y a pas de religion d’Épicure. Certes, il faut lui reconnaître une grande piété. D’après la définition qu’en donne la pythie de Delphes, la piété est le fait de se conduire selon les lois de la cité. Épicure, par prudence (phronesis), participe ainsi aux cérémonies religieuses et se rend aux fêtes, comme tout le monde, ce qui n’implique pas qu’il croie aux dieux de la religion populaire. Il suffit seulement que les autres le pensent. Ainsi protégé, il peut élaborer au Jardin un système rationnel qui s’inscrit justement contre la religion. Loin d’Épicure l’idée, toutefois, de nier l’existence des dieux ! Il affirme même que la connaissance que nous en avons est évidente. Il faut distinguer, d’une part, les dieux de la religion populaire, d’autre part, les dieux épicuriens. Les premiers sont en constant rapport avec les humains pour répondre à leurs prières, les punir ou les récompenser, de sorte que les hommes vivent dans la crainte perpétuelle d’une offense. Dans une béatitude éternelle, immortelle, les seconds occupent les inter-mondes et ne s’occupent pas du tout des humains. Cela nous délivre de toute crainte à leur égard et nous permet de retrouver notre autonomie. Cette liberté est l’une des quatre conditions du bonheur, avec le rejet de la crainte de la mort, la régulation des désirs et la capacité d’endurer la douleur.