Hommage
Disparition de bell hooks, figure majeure de l’afroféminisme
La théoricienne de l’afroféminisme bell hooks. © Eli Reed/Magnum Photos
Gloria Jean Watkins, plus connue sous le pseudonyme bell hooks (sans majuscules), s’est éteinte des suites d’une « longue maladie » à l’âge de soixante-neuf ans, a annoncé hier le Berea College, où elle enseignait depuis 2004. Intellectuelle de premier plan, figure de proue de l’afroféminisme, précurseuse de l’intersectionnalité, l’autrice de Ne suis-je pas une femme ? (1981) et De la marge au centre. Théorie féministe (1984) s’est distinguée par une politique de l’amour, contrepoint nécessaire aux écueils d’une colère militante qui, trop souvent, provoque un repli des exclus sur eux-mêmes. « Seul l’amour peut guérir les blessures du passé. Cependant, l’intensité de nos blessures conduit souvent à une fermeture du cœur. »
Cet amour, choix actif et non affect passif, bell hooks l’a cultivé tout au long de sa vie, comme un remède aux angoisses existentielles : « Accepter la mort avec amour signifie embrasser la réalité de l’inattendu, accepter des expériences sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. L’amour nous permet de nous abandonner. […] La mort est toujours là pour nous rappeler que nos projets sont éphémères. En apprenant à aimer, nous apprenons à accepter le changement. » Quelques mots de sagesse pour remplir le vide que laisse la disparition d’une des figures de la pensée féministe les plus originales de ces dernières décennies.