Témoignages
Drags : par-delà l'excentricité
Photo d’illustration. France, Paris, 2022-06-25. Marche des fiertés organisée par l'Inter-LGBT. © Anna Margueritat / Hans Lucas /AFP
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Qui sont les drags, ces personnes qui incarnent un autre genre que le leur lors de performances de plus en plus populaires, où elles jouent des personnages hauts en couleur ? Veulent-elles seulement être excentriques ? Ou poursuivent-elles une quête plus profonde ? Pour le savoir, nous les avons interrogées.
Se travestir et jouer avec les genres a toujours existé. Mais c’est au cours des années 1990 que la figure du drag fait son apparition dans la vie nocturne des grandes villes. Les drag queens, drag kings ou drag queers sont sortis des boîtes de nuit et des cabarets grâce à la télévision à la fin des années 2000. Les concours de drag, comme RuPaul’s Drag Race aux États-Unis ou Drag Race France, sont désormais connus du grand public. Restent que les discriminations et les violences contre les drags se sont elles aussi multipliées. En mars dernier, le Tennessee est devenu le premier État américain à interdire les représentations de drags hors du cadre des cabarets pour adultes. L’Arizona, le Texas et le Kansas sont prêtes à le suivre. L’univers drag dérange. Mais cette expression artistique ne vise-t-elle pas une libération du moi ? Nous avons interrogé Sylvain, Sébastien et Lou, drag queens et drag king, qui incarnent les personnages de Diamanda de Callas, Icee Drag-On et Juda.
S’excentrer
Pour le spectateur, le drag show est d’abord une explosion de couleurs, de tenues originales, de maquillage outrancier, de chants, de danse et d’humour. Le temps d’une performance, il oublie son quotidien pour se retrouver dans un royaume enchanté, où les genres se métamorphosent. Mais pour le drag lui-même, c’est l’excentricité qui compte. Juda confie : « Pour moi, le drag, c'est ça : il faut être excentrique, il faut qu'on soit belles et beaux de loin, qu'on nous voit. C’est cette excentricité qui permet la transformation physique. » Elle est libératrice.
“L’excentricité est toujours perçue de l’extérieur, sans forcément être ressentie de l’intérieur”