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Écologie de la sensibilité : la stratégie ambivalente de la candidate “verte” aux européennes Marie Toussaint

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Écologie de la sensibilité : la stratégie ambivalente de la candidate “verte” aux européennes Marie Toussaint

Meeting de lancement de la campagne Europe Ecologie les Verts EELV pour les elections européennes, nommé Pulsations par Marie Toussaint, tête de liste des Ecologistes pour 2024 avec à l’honneur la nature et les pulsations du vivant et les modes d ordre de la campagne : Justice, Paix, Ecologie, le 2 decembre 2023 a l Elysée Montmartre a Paris. © Isa Harsin/Sipa

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« Sensible », fondée sur la « douceur » et la « pulsation du vivant »… C’est ainsi que la candidate écologiste Marie Toussaint inaugure sa campagne pour les élections européennes de 2024. Ce vocabulaire est emprunté à un courant de la pensée écologique, l’écologie du sensible, qui rejette la rationalité. Éclairage.


 

La « campagne sensible » lancée par Marie Toussaint, la tête de liste écologiste pour les élections européennes, n’a pas manqué de faire réagir : éloge de la « douceur », booty therapy, appel à retrouver la « pulsation du vivant », méditation... Le dispositif du meeting de lancement de la campagne des Écologistes (ex-Europe Écologie-Les Verts) détonne dans le paysage politique hexagonal. Entre indignation et moquerie, les critiques ont fleuri. Or ce style s’inscrit dans un courant de la pensée environnementale qui diagnostique, à la racine de la crise écologique, une « crise de la sensibilité ». Celle-ci devrait être surmontée par une « écologie de la sensibilité ».

 

Un mépris du sensible ?

Selon l’écologie de la sensibilité, nous sommes devenus insensibles, par un excès de raison caractéristique de la modernité occidentale. Nous vivons sous le règne de la volonté et de la maîtrise, du contrôle, qui permet de forcer le monde à se plier à nos desseins. Cette hégémonie de l’activité se fait au détriment de l’affectivité. Le philosophe Baptiste Morizot résume cette idée dans son essai Manières d’être vivant (Actes Sud, 2020) : « Par “crise de la sensibilité”, j’entends un appauvrissement de tout ce que nous pouvons sentir, percevoir, comprendre, et tisser comme relations à l’égard du vivant. »

“Les systèmes anthropocentriques […] nous mettent en danger par la perte de sensibilité qu’ils provoquent [et] nous privent de joies uniques que la rencontre avec le monde plus qu’humain peut susciter”
Val Plumwood (1939-2008), philosophe écoféministe

 

Cet appauvrissement de notre faculté de sentir a été mis en lumière par la philosophe écoféministe australienne Val Plumwood (dont Morizot préface La Crise écologique de la raison, à paraitre prochainement aux PUF). À ses yeux, l’hégémonie de la raison est à la source d’une vision dualiste du monde réductrice, d’un « partage du sensible » qui oppose l’homme, « l’Un », à son « Autre ». « Pour l’Un, la sensibilité aux différences qui existent parmi les Autres importe peu […], car le pouvoir ou la force peut prendre la place de la sensibilité. » L’Un se conçoit comme un sujet souverain. Ce mépris du sensible a deux effets pervers. D’une part, il entraîne une indifférence pour le vivant non humain, qui peut conduire à la violence la plus débridée. Négligeant notre sensibilité, nous sommes aveugles au fait que les autres vivants sont eux aussi, à leur manière, des êtres qui sentent. D’autre part, le mépris du sensible nous blesse en retour, nous emprisonne dans la solitude d’une raison coupée du monde. « Les systèmes anthropocentriques […] nous mettent en danger par la perte de sensibilité qu’ils provoquent [et] nous privent de joies uniques que la rencontre avec le monde plus qu’humain peut susciter. »

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