Édito

Éloge de la caresse

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Éloge de la caresse

© Charles Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 89 de Philosophie magazine « Peut-on être heureux sans travailler ? », en kiosque le 23 avril 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Laissez tomber l’étymologie. Ce genre de faux raisonnement ne mène nulle part. On a beau rappeler que le mot travail vient du latin tripalium – terme qui signifie « trois pieux » et qui désignait, dans la Rome antique, un instrument de torture à trois branches sur lequel on liait les esclaves rebelles pour les fouetter –, cela ne nous renseigne en rien. Car le travail n’est pas, contrairement à ce que l’histoire du mot semble indiquer, une source de souffrance. La réalité est bien plus scandaleuse, à tel point que nous préférons la taire pudiquement : regardez autour de vous, vous verrez que les gens prennent plaisir à travailler. Pire, le travail est souvent leur première et principale source de plaisir, au point qu’ils lui sacrifient leurs journées, leurs soirées, leurs week-ends, leur vie de couple et de famille, leurs amis, leurs déjeuners. En outre, la palette de jouissances qu’offre le travail est variée : cela va du dépassement de soi à la compétition, de l’intensification de la vie quotidienne à la satisfaction du devoir accompli, de la reconnaissance au bonheur, bien plus prosaïque, de gagner de l’argent, ou encore du sentiment d’être utile à celui d’échapper momentanément au non-sens intersidéral. Mais bien sûr, comme toujours lorsqu’il s’agit de jouissance, on cache la chose comme s’il s’agissait d’une honte inavouable. Car le plaisir dégage toujours un parfum d’interdit. Jouir c’est pécher. Dans le cas du travail, la faute est d’ailleurs redoublée du fait qu’aimer son job, c’est consentir à sa propre exploitation.

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