Éloge de l’ami

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Cet article est issu du numéro 69 de Philosophie magazine « 69 - mai 2013 », en kiosque le 24 avril 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Lorsque Montaigne célèbre son ami irremplaçable, Étienne de La Boétie, il touche, pour André Comte-Sponville, à l’essence même de l’humanité.

« De l’Amitié » : ce titre, que Montaigne emprunte au De amicitia de Cicéron, n’annonce qu’imparfaitement l’objet de ce chapitre, le vingt-huitième du premier livre des Essais. Le texte traite bien de l’amitié, de ses différentes formes, de ce qui la distingue de l’amour-passion ou du désir sexuel. Mais ce qui fait son plus haut prix est ailleurs : moins dans une réflexion sur l’amitié en général que dans la célébration d’une amitié singulière, unique, aujourd’hui presque légendaire, et dont Montaigne lui-même ne cesse de souligner le statut d’exception (c’est à peine, affirme-t-il, si l’on en voit un exemple tous les trois siècles). Ce court essai, universellement admiré, constitue moins un traité qu’une confidence, moins une leçon qu’un récit. Montaigne y reste fidèle à sa démarche habituelle – « je n’enseigne point, je raconte » –, mais avec une intensité, une émotion, une gravité toutes particulières. C’est qu’il y parle de son meilleur ami, l’unique, l’irremplaçable, Étienne de La Boétie, et que celui-ci est mort, et que Montaigne, quelque douze ans plus tard, en reste inconsolé. D’où cet hommage qu’il lui rend, au cœur du livre I, qui est bien plus qu’un hommage : l’aveu déchirant d’un deuil impossible ou inachevé.

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