Extraits

L’action, vue par Montaigne et André Comte-Sponville

Temps de lecture : 5 min

Michel de Montaigne

Michel de Montaigne. © Domaine public.

Cet article est réservé aux abonnés.

Nous remercions André Comte-Sponville et les éditions Plon, chez qui paraît le Dictionnaire amoureux de Montaigne le jeudi 3 septembre, de nous autoriser à reproduire ce texte.

« Montaigne le dit expressément, presque d’entrée de jeu : “Nous sommes nés pour agir” (I, chap. XX, p. 89 A). Et quelques lignes plus bas : “Je veux qu’on agisse.” Ainsi fit-il, tout au long de sa vie, parfois dans l’ordre judiciaire ou politique (il fut magistrat, maire, conseiller), plus souvent en son domaine, à titre privé, ou au dehors, comme voyageur, ou dans ses Essais, comme auteur... Ainsi faisons-nous tous. L’action n’est pas d’abord une vocation, qui serait réservée à certains, mais une nécessité, mais notre essence, qui n’est autre chose que notre existence même. “Être consiste en mouvement et action” (II, chap. VIII, p. 386), et nous aimons ça (“nous avons cher, être”, ibid.). Pas étonnant, rétorquerait Montaigne à Pascal (cf. Pensées, éd. Lafuma, 136-139), que nous ayons quelque peine à “demeurer en repos dans une chambre” sans aussitôt déprimer ! Cela condamne moins “le malheur naturel de notre condition” (Pensées, ibid.) que l’oisiveté, ou plutôt – car Montaigne adore le loisir, lorsqu’il est actif – que l’inaction. Aussi notre gentilhomme eût-il pu être d’accord avec son génial admirateur et critique lorsque celui-ci, de son incomparable encre noire, écrira : 

“Ennui. 
Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. 
Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide.

Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir”
(Pensées, 622-131). 

Cet article est réservé aux abonnés