Tribune

Elsa Godart : “Le ‘trash streaming’ a fait de l’indécence un business”

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Elsa Godart : “Le ‘trash streaming’ a fait de l’indécence un business”

Elsa Godart. © Olivier Roller/Divergence

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Récemment, une femme a accouché en direct sur la plateforme Twitch. Pour Elsa Godart, cet événement signe l’acmé du trash streaming. Dans cette tribune, la philosophe et psychanalyste, autrice du Droit des gens virtuels. Une éthique pour les générations futures (Hermann, 2025), en appelle à un sursaut de prise de conscience et exige des différents acteurs qu’ils prennent enfin leurs responsabilités.


 

Le 7 octobre, une jeune femme a accouché en direct devant 30 000 spectateurs. Le Web salue « le premier bébé Twitch de l’histoire ». 30 000 regards concentrés sur un moment que l’humanité a toujours tenu pour sacré : la naissance. « Salut Twitch, je viens de perdre les eaux », écrit-elle. Et le monde s’invite dans sa chair. Bienvenue à l’ère du trash streaming, où l’exhibition du réel jusqu’à la nausée. « Je crois que je vais faire un live pour l’accouchement », ajoute cette jeune créatrice de contenus, « Fandybtw », âgée de 32 ans. Entre fascination, voyeurisme et indignation, les internautes s’agitent.

En France, on a eu un précédent qui a récemment défrayé la chronique avec le cas du streamer Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, décédé le 18 août dernier au cours d’un livestream extrême [lire notre article]. En effet, lors d’un marathon de 12 jours sans interruption sur la plateforme Kick, Jean Pormanove recevait les brimades, les humiliations, les violences physiques de deux autres complices streamers. Un véritable marché de la maltraitance en direct se développe lors duquel les spectateurs en ligne paient pour continuer à voir le « spectacle » dont l’intensité génère toujours plus d’audience et de dons. Suite à cet événement, le gouvernement français a ouvert une enquête en vue de poursuivre la plateforme pour négligence.

“Le trash streaming révèle un renversement anthropologique où il ne s’agit plus de protéger son corps, mais au contraire de s’exhiber à des fins mercantiles et égotiques”
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