Politique / Présidentielles
Est-il moral de voter à la primaire de la droite si l’on est de gauche ?
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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est la question que se posent de nombreux sympathisants socialistes. Mais la stratégie qu’ils envisagent n’est peut-être pas aussi pertinente qu’elle en a l’air.
D’âpres débats agitent le peuple de gauche. Est-ce vendre son âme que de voter pour Alain Juppé aux primaires des Républicains alors que l’on est de gauche ? Le maire de Bordeaux est en effet considéré par certains comme un moindre mal face à un Nicolas Sarkozy qui se retrouve, sur certains sujets (comme l’enfermement préventif des fichés S), à la droite de Marine Le Pen. Aider à la désignation de Juppé permettrait d’éviter d’avoir à choisir entre Sarkozy et la présidente du FN aux prochaines présidentielles. Le hic, c’est que pour participer, outre une obole de deux euros, il y aura une profession de foi à signer : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France. »
Inquiets de cette tendance qui concernerait 10 % des électeurs de gauche, certains politiques, comme Gérald Darmanin, coordinateur de campagne de Sarkozy, ou Jean-Christophe Cambadélis, patron du PS, traitent ces infiltrés de « parjures ». Mais cet appel à leurs principes moraux suffira-t-il ? On peut en douter, car l’électeur d’aujourd’hui n’est plus l’adhérent fidèle à un parti d’hier. D’abord, il peut voter tantôt à droite, tantôt à gauche. Ensuite, il est devenu stratège. Il vote en fonctions de calculs sur le futur. Aussi n’est-il plus un adepte strict de l’éthique dite déontologique, fondée sur un « tu dois » inconditionnel et qui réclame de ne pas prêter de faux serments. Il réfléchit aussi, de façon conséquentialiste, sur les effets de ses actions. Voyons les trois manières qu’aurait un électeur de voter à la primaire de droite.