Être ou ne pas être majeur
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Cet article est issu du numéro 24 de Philosophie magazine « 24 - novembre 2008 », en kiosque le 30 octobre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il faut l’admettre : le passage à l’âge adulte a perdu de sa clarté et de son lustre.
Jadis, l’âge de la majorité, c’était l’armée, souvent le travail et le départ du domicile familial. Si l’on remonte plus avant, il y avait un rite de passage, une métamorphose complète de la personne, l’initiation brutale aux secrets du monde. Bref, une renaissance pour une autre vie : la vraie ! Aujourd’hui, les symboles sont fatigués : 18 ans, c’est, dans beaucoup de pays, le droit d’aller en boîte et/ou en prison, d’acheter de l’alcool et/ou de conduire… Rien de grandiose. Certes, il reste le droit de vote, mais tout montre que son usage ne suscite guère d’enthousiasme chez les jeunes. C’est tout le paradoxe de notre époque : on sort de l’enfance de plus en plus tôt, mais on devient grand (major) de plus en plus tard. Entre les deux, une période qui ne cesse de s’accroître, au point de rendre plausible le scénario de la dissolution de l’âge adulte dans une adolescence généralisée. Si l’espoir d’un épanouissement perpétuel remplace l’idéal d’accomplissement final, peut-on alors jamais être vraiment majeur ?