Ex-Empire ottoman. Yeniçeri
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Cet article est issu du numéro 93 de Philosophie magazine « Être ou avoir ? », en kiosque le 24 septembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La Sublime Porte, à partir du XIVe siècle, kidnappait les enfants de ses ennemis pour en faire les membres de son corps d’élite, les janissaires. Récit d’un retournement.
L’Empire ottoman avait organisé un mode de recrutement sophistiqué de son groupe armé d’élite, les janissaires. En turc, le mot yeniçeri signifie « jeune [ou nouvelle] troupe ». Ce corps était constitué, du moins durant ses trois premiers siècles, du XIVe au XVIIe siècle, d’enfants chrétiens razziés aux marches de son territoire. Les jeunes âmes des ennemis étaient destinées à devenir le fer de lance de l’Islam. Captures que les Turcs exprimaient en un euphémisme : devchirmé, « la cueillette ». Les meilleurs étaient donc kidnappés, « turquisés » et islamisés. Les plus beaux, ou les plus doués, pouvaient être affectés au palais du sultan et parfois promis à d’illustres carrières. Les autres étaient dans un premier temps expédiés en Anatolie pour servir aux travaux des champs, « endurcis » par des travaux de force dans le groupe des « enfants étrangers », à Gallipoli, Andrinople ou Istanbul, avant d’être incorporés dans les rangs des janissaires. Quoi qu’il en soit, ils restaient kapikoullari, « esclaves de la Porte » et, pendant des siècles, n’eurent le droit ni de se marier ni de porter la barbe.