Faites des analogies

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Cet article est issu du numéro 83 de Philosophie magazine « 83 - octobre 2014 », en kiosque le 25 septembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

STRATAGÈME n°41

Comment s’en servir

Pour emporter un débat, pratiquez l’analogie. Par exemple, contre les fédéralistes d’Ottawa, adeptes d’un Canada uni, un indépendantiste québécois pourrait dire que sa province (A) a été jusque-là, vis-à-vis du Canada (B) auquel elle appartient, ce qu’un enfant (C) est à ses parents (D), et qu’il est temps de rentrer dans l’âge adulte en s’émancipant. L’astuce consiste ici à identifier le rapport A/B au rapport C/D sans dire pourquoi. Il suffit donc de jouer sur ce non-dit pour valoriser ou dévaloriser ce qui est affirmé. Ainsi, dans la réplique tirée du roman de Laurence Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy (1759) : « “C’est un brave qui mérite la couronne”, s’exclama mon oncle Toby – “aussi dignement qu’un voleur la corde”, hurla Trim », l’effet destructeur recherché provient du raccourci ironique par lequel ce qui est valorisé dans le rapport A (le brave) à B (la couronne) est aussitôt dévalorisé dans le rapport C (le voleur) à D (la corde). Le jugement appréciatif se retourne alors en jugement dépréciatif, et la démonstration de bravoure en critique contre un usurpateur. Un tel effet est rendu possible par l’ambivalence d’attribution qu’autorise l’idée de mérite (on peut mériter une louange ou un blâme). Imitez Trim et renversez la thèse adverse en disant qu’elle est au savoir ce que la nuit est au jour…

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