Dilemme
Faut-il faire des essais cliniques contrôlés en situation d’urgence ?
Le 24 mars 2020, à Marseille, des centaines de personnes font la queue devant l’Institut hospitalier de Mediterranée, dirigé par le Professeur Didier Raoult, afin de se faire dépister au Covid-19 et administrer, si besoin, le traitement à la chloroquine. © Théo Giacometti/Hans Lucas/AFP
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Face à la progression de la pandémie, doit-on vraiment attendre que les habituels essais cliniques prouvent l’efficacité d’un médicament avant de l’appliquer massivement ? Ou faut-il passer outre le protocole et tenter le tout pour tout ? Le chercheur Adrien Barton appelle à la prudence.
Michel Onfray a pris la défense de Didier Raoult dans une interview donnée à un quotidien libanais fin mars et retranscrite sur son site. Aux yeux du philosophe, le professeur Raoult proposerait « une solution, et ceux qui n’en ont pas […] pincent du bec comme une duchesse chez Proust pour estimer qu’il n’y a pas d’essai en double aveugle, etc. C’est comme si des bégueules sur le Titanic avaient interdit l’usage des canots de sauvetage parce que leur peinture contenait du plomb… »
Contre le Covid-19, certaines études préliminaires ont en effet suggéré une potentielle efficacité d’un médicament, l’hydroxychloroquine. Plusieurs essais cliniques contrôlés ont d’ailleurs lieu en ce moment à travers le monde pour déterminer si un tel traitement serait effectivement bénéfique. En plus de fournir des soins standards à tous les participants, ces essais comparent l’effet de deux traitements (ou plus), ou d’un nouveau traitement et d’un placebo, sur différents groupes de patients comparables, répartis aléatoirement. Ces procédures sont devenues l’une des méthodes de référence en recherche médicale.
Mais ces essais contrôlés ne résultent pas d’une lubie administrative ! Car les traitements envisagés contre le Covid-19 ont des effets secondaires, rares mais sévères, notamment pour les populations les plus vulnérables face à la maladie. Nous ne pouvons pas savoir, actuellement, si la létalité du traitement est inférieure à celle de la maladie, dont la grande majorité des gens guérissent spontanément. Nous ne sommes donc pas du tout dans la situation du Titanic décrite par Michel Onfray, où le rejet de la solution (les canots des sauvetage) signifierait une mort certaine, et où les effets secondaires de la solution (le risque d’empoisonnement au plomb) seraient clairement négligeables au regard du nombre de vies sauvées.