Gilbert Ryle et l’université

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Cet article est issu du numéro 6 de Philosophie magazine « 6 - février 2007 », en kiosque le 25 janvier 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour le philosophe britannique, l’esprit est par rapport au corps comme l’université par rapport à ses bâtiments, une structure qui émerge de ses éléments. À rebours de Descartes, qui sépare l’âme du corps.

Vous séjournez à Oxford, en Angleterre. Un de vos amis vient en visite et vous lui faites faire le tour de la fameuse université. Vous lui montrez les bâtiments, les locaux, les terrains – l’administration, les départements, les amphis, les salles, les gymnases, les campus, etc. À la fin, votre ami s’exclame, à votre grand étonnement : « Mais, où est l’université ? J’ai vu où vivent les membres des collèges, où travaille le recteur, où les physiciens font leurs expériences et différents autres bâtiments, mais je n’ai pas encore vu l’université. » Qu’allez-vous répondre ? Gilbert Ryle peut vous souffler la réponse : « Il faudra lui expliquer que l’université n’est pas une institution supplémentaire, une adjonction aux collèges, laboratoires et bureaux qu’il a pu voir. L’université n’est que la façon dont tout ce qu’il a vu est organisé. » C’est que ce philosophe d’Oxford a eu affaire, avant vous, à un problème du même genre : il a hérité, de Descartes et de la tradition, le problème de la définition de l’esprit. La définition cartésienne est problématique parce qu’elle présente l’âme comme une chose existant à part et en soi, distincte du corps, autrement dit comme une substance immatérielle. La conception de Descartes fait ainsi valoir que l’esprit, en tant que sujet spirituel, se distingue de ce qu’il fait (penser, calculer, vouloir, désirer, sentir). Or, et voilà ce qu’il y a de commun entre l’université et l’esprit, ce dernier n’est peut-être pas autre chose qu’une organisation. Notre « esprit » ne pourrait-il se définir par la complexité de la structure elle-même ? Quand on le cherche en dehors des parties composantes, quand on tente de le saisir tout seul, ne devient-il pas énigmatique, fantomatique ?

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