Société / GPA

Grossesse post mortem : défi éthique ou don ?

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Grossesse post mortem : défi éthique ou don ?

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Cet article est issu du numéro 168 de Philosophie magazine « Transclasses. Sommes-nous déterminés par nos origines sociales ? », en kiosque le 23 mars 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Une philosophe norvégienne suscite la polémique après avoir émis l’idée d’utiliser des femmes en état de mort cérébrale en guise de « mères porteuses ». Explications.

 

Au moment de sa parution dans une revue scientifique, le 18 novembre 2022, l’article de la philosophe norvégienne Anna Smajdor était passé presque inaperçu dans l’Hexagone. Et pourtant, son propos a de quoi alimenter le débat. En effet, cette professeure à l’université d’Olso propose que le corps des femmes en état de mort cérébrale puissent porter de futurs enfants. Depuis une tribune publiée sur le site du Figaro le 13 février, la polémique est lancée. « Chercher par tous les moyens à légitimer la GPA est possible seulement parce qu’elle repose sur l’exploitation des femmes », dénoncent les autrices du texte Ana-Luana Stoicea-Deram et Marie-Josèphe Devillers.

Mais quel est le raisonnement qui permet à Anna Smajdor d’aboutir à ces conclusions ? Pour la philosophe, il convient de partir d’un constat : ces grossesses sont d’ores et déjà une réalité. C’est notamment le cas de femmes enceintes victimes d’accident qui « poursuivent » une grossesse et finissent par « accoucher ». Placés sous respirateurs, leurs corps demeurent fonctionnels du point de vue de la circulation sanguine, des défenses immunitaire, de l’assimilation de nutriments, de la croissance… et de la gestation. « Tous les cas de grossesse en état de mort cérébrale signalés à ce jour impliquent un événement catastrophique survenu chez une femme après le début de sa grossesse », si bien que « le fœtus aura également subi un traumatisme important », relève Anna Smajdor. Avec la gestation post mortem, « la grossesse est délibérément initiée » dans un corps dont le système nerveux est irrémédiablement détruit, ce qui évite les chocs traumatiques et les risques concomitants pour le fœtus. Pour la philosophe, le « don gestationnel du corps entier » peut être intégré dans le « cadre du don d’organe » classique, y compris du point de vue légal (consentement « proactif » explicité « à l’avance » ou consentement « réputé donné […] en l’absence de toute preuve du contraire »), à quelques ajustements près. Les différences existent, bien sûr, entre les deux : le don d’organe est une opération ponctuelle, alors que le don du corps entier implique un processus ; l’objectif de ce dernier « n’est pas de “sauver des vies” en soi, comme on l’entend généralement par don d’organes » mais de permettre d’en engendrer d’autres.

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