Biographie
Hegel l’idéaliste
© Emmanuel Polanco pour PM
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Cet article est issu du numéro 8 de Philosophie magazine « 8 - avril 2007 », en kiosque le 27 mars 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’intérêt de la biographie paraît être en opposition directe avec un but universel, mais elle-même a comme arrière-plan le monde historique dans lequel l’individu est impliqué : même ce qui est subjectivement original, humoristique… s’en trouve rehaussé. » Théoriser comme le fait Hegel le geste biographique, c’est dire que la singularité d’une vie, son universalité, prend sens au sein d’un monde historique particulier, qui est lui-même un moment de l’histoire du monde, de l’universel. Et Hegel a vécu une époque charnière. Si son histoire ne porte pas à la légende, ce n’est ni l’uniformité ni le calme qui l’ont dominée mais une inquiétude de tous les instants. Une inquiétude ancrée dans la conjoncture de son temps et qui s’est intégrée à sa pensée : nombreux sont les éléments qui ont pris naissance dans sa vie et qu’il a ramenés à leur « concept ».
Georg Wilhelm Friedrich Hegel naît le 27 août 1770 à Stuttgart, dans une famille de moyenne bourgeoisie. Il grandit dans l’une des plus archaïques provinces d’Allemagne, la Souabe. Lycéen modèle, Hegel poursuit ses études au séminaire protestant de Tübingen, le Stift, où se forment les futurs ecclésiastiques du duché. L’enseignement y est traditionnel, bien éloigné du bouillonnement intellectuel qui règne en Allemagne avec l’Aufklärung (les Lumières allemandes), et de l’appel à l’« émancipation du peuple » dont toute l’Europe retentit. Aussi le jeune Hegel « ne songe-t-il qu’à s’en aller ». Il manque d’assiduité aux cours, multiplie les sorties nocturnes, fait preuve d’« une certaine tendance au relâchement ». Au séminaire, il se lie avec deux autres jeunes hommes voués à un grand destin : Friedrich -Hölderlin et Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling. « Les -compagnons de Tübingen » communient dans le culte de la Grèce antique et dans l’enthousiasme pour la philosophie moderne. Ensemble, ils se passionnent pour les polémiques de l’époque, lisent en secret Spinoza le maudit et Kant l’inédit.
Le 14 juillet 1789, les Parisiens prennent d’assaut la Bastille. Toute sa vie, Hegel fêtera cet anniversaire. Bien que critique à l’égard du dévoiement qu’a été, à ses yeux, la Terreur, il voit dans la Révolution française une étape décisive dans l’avènement d’une liberté qui ne serait plus abstraite, mais se donnerait des conditions effectives d’existence : « Depuis que le Soleil se trouve au firmament et que les planètes tournent autour de lui, on n’avait pas vu l’homme se placer la tête en bas, c’est-à-dire se fonder sur l’idée, et construire d’après elle la réalité. C’est donc là un superbe lever de soleil », écrit-il dans Leçons sur la philosophie de l’histoire. Il éprouve, plus que tout autre, le sentiment d’une conjonction profonde entre la Révolution politique française et la « révolution» philosophique kantienne, toutes deux issues selon lui d’un même renouvellement de l’esprit mondial.