L’histoire d’une idée

Idéologie

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Cet article est issu du numéro 117 de Philosophie magazine « 117 - mars 2018 », en kiosque le 15 février 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle fait son grand retour et se fait passer pour la vérité. Les philosophes nous avertissent.

Destutt de Tracy (1754-1836)

Chef de file des « idéologues », ce penseur révolutionnaire français estime que l’on peut forger une science des idées, de leur caractère, de leur origine et de leurs lois, ainsi que de leurs rapports avec les signes qui les expriment. L’idéologie se veut une « description exacte et circonstanciée de nos facultés intellectuelles ».

 

Marx (1818-1883)

Les idéologues ont tort de croire à l’indépendance des idées : elles ne sont qu’un reflet tronqué de la réalité. Pour l’auteur de L’Idéologie allemande, l’idéologie est un instrument de domination : « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes. »

 

Mannheim (1893-1947)

L’idéologie est, pour ce sociologue allemand, un concept paradoxal : toute critique de l’idéologie est elle-même idéologique. Ainsi personne ne peut tenir un discours purement descriptif sur les idéologies. La critique de Marx contre le capitalisme est donc aussi idéologique. Mais si tout est idéologique, la science est-elle condamnée au relativisme ?

 

Habermas (1929-)

Pour échapper au relativisme, ce penseur de l’École de Francfort s’appuie sur la psychanalyse. L’idéologie est un système de « résistances » qui bloque le dialogue entre les savoirs : l’idéologie est une maladie de la communication. La critique de l’idéologie doit passer par une « autoréflexion » sur les intérêts qui déterminent nos connaissances.

 

Ricœur (1913-2005)

L’idéologie ne fait pas que distordre le réel ou légitimer le pouvoir en place. Elle a aussi une fonction intégratrice qui permet à un peuple de se reconnaître dans un même imaginaire social. Sans elle, il n’y a pas d’ordre possible. Mais l’imaginaire social a besoin de rêver à un monde meilleur. C’est pourquoi « la tension entre utopie et idéologie est indépassable ».

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