Théâtre

“Les Démons” : le choc des idéologies

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“Les Démons” : le choc des idéologies

Les Démons. ©Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

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Cet article est issu du numéro 155 de Philosophie magazine « À quoi voit-on qu’on a vieilli ? », en kiosque le 02 décembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En adaptant pour la scène le roman de Dostoïevski, Guy Cassiers et la troupe de la Comédie-Française soulignent l’impasse du nihilisme et le danger des idéologies, hier comme aujourd'hui.

 

« Les nihilistes aujourd’hui sont sur les trônes, écrit Camus. Les pensées qui prétendent mener le monde au nom de la révolution sont devenues en réalité des idéologies de consentement, non de révolte. » Voici le ressort dramatique des Démons de Dostoïevski qu’interprète l’exceptionnelle troupe de la Comédie-Française – dont Dominique Blanc, Hervé Pierre (photo) et Christophe Montenez… Elle souligne l’impasse du nihilisme, hypothéquant dangereusement l’avenir quand, du monde d’hier, il ne reste absolument plus rien. Dans cet univers désordonné et incertain, personne, jeunes et vieux, ne se comprend ni ne se parle vraiment, mais chacun semble contaminé par le chaos, éprouvant sa liberté dans l’accomplissement d’un mal qui se propage de corps à corps. Par un dispositif technique aussi malin qu’écrasant, consistant à reproduire sur trois écrans suspendus séparément l’action qui se déroule sur les planches, le metteur en scène flamand Guy Cassiers offre la scénographie saisissante d’une réalité fragmentée et illusoire. Le poids des mots, le choc des images. Et des idéologies ! Car, à la fin, tout le monde est mort ou presque. Les promesses de renouveau ont fait long feu, ajoutant leur pierre à ce champ de ruines. Le terrorisme a tout ravagé. Comme le note Camus dans le préambule de l’adaptation théâtrale du roman qu’il propose lui-même sous le titre Les Possédés, si ces démons idéologues sont prophétiques, « ce n’est pas seulement parce qu’ils annoncent notre nihilisme, c’est aussi qu’ils mettent en scène des âmes déchirées ou mortes, incapables d’aimer et souffrant de ne pouvoir le faire, voulant et ne pouvant croire, qui sont celles mêmes qui peuplent aujourd’hui notre société et notre monde spirituel ». Alors qu’on célèbre les deux cents ans de sa naissance, l’œuvre de Dostoïevski, montée simultanément dans plusieurs théâtres, démontre ainsi dans son obscure clarté les dangers de l’idéologie comme des promesses de grand soir.

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