Scénario 4

Le choc des fanatismes

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Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Selon les pronostics les plus sombres, le XXIe siècle sera le théâtre de violents affrontements entre les fondamentalismes. Le 11-septembre aurait ouvert la voie à une montée aux extrêmes qui pourrait prendre la forme d’une épidémie d’actes terroristes, voire d’un « choc des civilisations », sur fond d’apocalypse.

« Vous aimez la vie, nous aimons la mort, c’est pour cela que nous allons vaincre », proclamait la vidéo d’Al-Qaida revendiquant les attentats de mars 2004 à Madrid. Le 26 juillet dernier, à Ahmedabad en Inde, seize bombes explosaient, faisant près de 50 morts et 160 blessés. Revendiqués par les moudjahiddin indiens, ces attentats répliquaient à des pogroms anti-musulmans organisés par des fondamentalistes hindous en 2002 dans l’État du Gujarat, totalisant près de 2 500 morts. Moins sanguinaire, l’intégrisme chrétien est néanmoins inquiétant. Tandis que Pat Robertson, l’un des télévangélistes américains les plus populaires, multiplie les attaques contre les homosexuels et les féministes, et traite les athées de « termites », certains orthodoxes radicaux en Grèce et en Russie voient le diable partout, comme cette secte russe qui s’est enfermée six mois en 2007 avec une trentaine d’adeptes dont quatre enfants dans un abri souterrain, pour attendre la venue de l’Antéchrist. En Israël, les Haredim, représentants du judaïsme ultra-orthodoxe, lancent des pierres sur les voitures qui roulent pendant le shabbat et n’ont pas hésité à distribuer des tracts réclamant la « mort des sodomites » le jour de la Gay Pride en 2006.

Si les penseurs des Lumières, John Locke et Voltaire en tête, luttaient déjà contre le fanatisme, le retour de celui-ci après la fin de la guerre froide appelle à une vigilance renouvelée. Dans La Folie de Dieu, le philosophe allemand Peter Sloterdijk s’interroge sur les origines de la violence religieuse et la probabilité d’un « choc des monothéismes » dans un proche avenir. Il propose de fonder une « théo-psychologie », pour analyser l’ancrage des religions dans le psychisme et les libérations de la pulsion de mort qu’elles encouragent. La notion de djihad chez les musulmans, la communion inspirée de la Cène (repas où l’on boit le sang d’un des convives) chez les chrétiens, par les sacrifices qu’ils exigent ou le rapport à la mort qu’ils induisent, auraient pour effet de produire selon lui un « stress maximal » chez les zélateurs. Ils leur insuffleraient une énergie combative et les mèneraient droit au « plaisir de mourir ». Ironique, Sloterdijk compare les fondamentalistes des trois religions du Livre à des psychotiques qui n’utiliseraient pas les mêmes drogues. « On peut s’imaginer des patients sous Prozac et autres utilisateurs de Valium s’accusant mutuellement d’hérésie et se menaçant les uns les autres, si autrui ne se convertit pas à leur propre médicament, de dommages sanitaires dévastateurs. »

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