Hors-série "Le sommeil"
Je dors donc je suis ?
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Où est ma conscience quand je ferme les yeux ? Est-ce que j'existe encore quand je dors ? À moins que ma pensée soit sans conscience ? Trois philosophes se disputent.
Descartes : l’âme pense toujours
Où suis-je quand je dors ? La question prend un tour un peu inquiétant à l’aube de la philosophie moderne. Si, comme l’affirme Descartes, « je pense donc je suis », cela signifie-t-il que je disparais, que mon existence est anéantie dans le sommeil ? D’abord, une partie du sommeil est encore faite de cette forme de pensées : les rêves, qui constituent encore pour Descartes des actes de l’esprit où s’atteste ma propre existence. Toute notre vie pourrait bien, d’ailleurs, ne consister qu’en des rêves, elle n’en serait pas moins réelle, comme le remarque le philosophe dans ses Méditations métaphysiques (1641) : « Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? Il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que je remue n’est point assoupie ; que c’est avec dessein et de propos délibéré que j’étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d’avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions. » Il n’en demeure pas moins que je pense, quoique d’une manière différente.