Entretien
Jean-Claude Monod : “L’émergence de nouveaux profils parmi les représentants politiques renforce la démocratie”
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, le 2 avril 2026 au Café de la Gare à Villepinte (93). © Chang Martin/Sipa
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Gabriel Attal, Marine Tondelier... À un an de la présidentielle, plusieurs candidats mettent en avant des éléments de leur vie intime, que ce soit une orientation sexuelle ou une grossesse. Que disent ces décisions assumées de l’état actuel de la démocratie ? L’analyse de Jean-Claude Monod, auteur de Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ?.
Parler de sa vie intime pour faire campagne : est-ce un phénomène nouveau dans le paysage politique français ?
Jean-Claude Monod : Par le passé, les candidats se répartissaient davantage selon qu’ils étaient plutôt des représentants de la classe ouvrière, ou d’une idée de la nation, etc. Il y a sans doute aujourd’hui une transformation, dont il faut distinguer deux aspects. D’abord, la lutte contre les discriminations et les violences – qu’il s’agisse d’homophobie, de sexisme ou d’inégalités plus larges – s’inscrit pleinement dans la dynamique démocratique décrite par Alexis de Tocqueville : une extension progressive de l’égalité et de la reconnaissance.
Le fait par exemple qu’un candidat déclaré comme Gabriel Attal mette en avant son homosexualité est relativement nouveau. Cela participe sans doute de ce mouvement de reconnaissance des franges de la population autrefois marginalisées. De même pour les femmes, dont l’accession à la vie politique et citoyenne dans l’histoire de la démocratie est assez récente. Les enjeux liés à la maternité, à la fécondation naturelle ou in vitro concernent des milliers de femmes, donc le fait de les évoquer dans l’espace public, cela ne peut être que positif pour la démocratie. Ensuite, il y a le point de passage délicat entre cette mise en avant des questions liées aux discriminations et la « peopolisation » stratégique et médiatique des candidats.
“En politique, dévoiler sa vie privée n’est pas nouveau. Mais cela fait naître un soupçon : les luttes contre les discriminations seraient-elles instrumentalisées au service de la carrière individuelle ?”
Quels sont les enjeux liés à cette “peopolisation” des candidats ?
Récemment, on a vu un autre candidat [Jordan Bardella] afficher son couple en couverture de Paris Match de manière plus classique, avec une « paparazzade » arrangée. Le dévoilement de la vie privée n’est pas nouveau, mais il se décline différemment aujourd’hui – encore plus avec les réseaux sociaux, qui encouragent ce phénomène. Autrefois, la représentation dominante valorisait presque exclusivement la famille nucléaire hétérosexuelle et patriarcale. Aujourd’hui, l’espace public s’ouvre à une pluralité de modèles de vie (couples, parentalités, configurations familiales…), ce qui constitue indéniablement un progrès symbolique en matière de reconnaissance. Mais cette évolution s’accompagne d’un soupçon croissant : celui d’une instrumentalisation des luttes contre les discriminations au service de trajectoires politiques individuelles.