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Jean-François Colosimo : « Une crise spirituelle sans précédent »

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Jean-François Colosimo : « Une crise spirituelle sans précédent »

© Séverine Scaglia pour PM

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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À travers la danse, la théologie ou la criminologie, l’œuvre de Fedor Dostoïevski touche le corps et l’âme, revendique le christianisme et modernise le repentir.

 

« Dostoïevski fait œuvre de théologien en contribuant à la renaissance spirituelle de la Russie au XIXe siècle. S’inscrivant dans la lignée des premiers slavophiles, il définit l’identité russe par la conscience de l’orthodoxie. Cette tradition orientale, byzantine du christianisme est véhiculée dans les monastères que Dostoïevski fréquente et dans les anciens traités des Pères du désert qu’il lit assidûment. L’homme est un être dévoré par les passions qui ne peut trouver son salut que par la grâce, dans la rencontre avec la transcendance divine. Le pécheur réalise sa conversion en faisant l’expérience du Christ, une expérience qui lui confère l’immortalité et une liberté inconditionnelle. L’orthodoxie se singularise par le rôle qu’elle accorde au néant. Alors que le christianisme occidental suppose une attirance exclusive de l’homme vers le bien, la théologie orthodoxe stipule que le passage par le néant est essentiel. Or c’est une épreuve vertigineuse qui peut conduire l’homme à sa perte. C’est le cas des personnages dostoïevskiens qui commettent des crimes, se suicident ou sombrent dans la folie. Ainsi, pour Dostoïevski, la vérité du christianisme gît dans l’orthodoxie, et c’est parce qu’elle nie cet héritage et se coupe de la transcendance de la grâce que la modernité entre dans une crise spirituelle sans précédent. L’homme prétend se substituer à Dieu dans l’individualisme ou voue un culte au rien et à la mort dans le nihilisme, autant de fausses religions mortifères qui mènent tout droit à la catastrophe. Lorsqu’il fait dire à Kirillov que « la liberté sera totale quand il sera indifférent de vivre ou de mourir » (Les Démons), Dostoïevski écrit à la limite la bande-son du 11-septembre, célébration d’un monde privé de sens. D’où le caractère prophétique de son œuvre. »