Hommage
Juliette Gréco, l’amie des existentialistes
Portrait de la chanteuse française Juliette Gréco pris à Paris en octobre 1973. © DPA Picture-Alliance via AFP
Nous avons appris avec tristesse la mort de Juliette Gréco, le 23 septembre 2020. Actrice et chanteuse, elle a interprété les plus grands textes, de Queneau à Brel. Arrivée par un coup du sort à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, pendant la guerre – sa mère et sa sœur sont alors déportées à Ravensbrück, tandis qu’elle vient de passer trois semaines à la prison de Fresnes –, elle en devient la muse. Très proche des philosophes existentialistes, particulièrement de Maurice Merleau-Ponty et de Jean-Paul Sartre, Juliette aime chanter dans les clubs de Saint-Germain tout en discutant de philosophie. Sartre lui proposa d’ailleurs un texte, écrit à l’origine pour sa pièce Huis clos, et qui deviendra la chanson Rue des Blancs-Manteaux. Sa rencontre avec Merleau-Ponty se fait par hasard dans un café du quartier de Port-Royal. Elle sera décisive pour elle. Comme elle le raconte en 2001 dans l’émission À voix nue sur France Inter, « J'ai vu enfin des réponses compréhensibles à mes questions. » L’historienne des idées Sarah Bakewell raconte dans son ouvrage Au café existentialiste (Albin Michel, 2018) : « Quand Merleau-Ponty invita Juliette Gréco à danser, alors qu’ils tournoyaient, il lui parla un peu de philosophie, à sa demande. » Juliette Gréco n’était pas seulement chanteuse, elle était curieuse, passionnée et un peu philosophe. Aujourd’hui disparue, nous regardons avec émotion cette archive de l’Institut national de l'audiovisuel (INA) où elle évoque en 1962, avec son timbre de voix si singulier, ses souvenirs avec Merleau-Ponty :