Kitsch
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Cet article est issu du numéro 120 de Philosophie magazine « À quelle vitesse voulons-nous vivre ? », en kiosque le 31 mai 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : allemand
Dérivé du verbe kitschen, qui signifie en allemand « ramasser des déchets dans la rue pour les revendre » (et qui a donné verkitschen, « brader »), le kitsch est apparu en 1875 dans les milieux artistiques munichois pour signifier une image de qualité médiocre. Il substitue à la notion d’œuvre celle d’objet. Bon marché mais flatteur pour son acheteur, il appartient à ce que Hannah Arendt appelle la « culture de masse ». On expose l’objet kitsch fièrement tout en assumant le fait qu’il n’est qu’une pâle copie de ce qu’il représente. Parce qu’il substitue le toc au vrai, il est une figure du nihilisme, le mal en esthétique. Le kitsch transforme le monde en décor. Avec lui, une copie de paysage suffit au bonheur. Quoique déprécié par les critiques d’art, cet objet tape-à-l’œil a néanmoins été réhabilité par la haute société. Umberto Eco remarque que le banquier new-yorkais ou l’artiste homosexuel peuvent aimer les nains en plastique inspirés de Walt Disney, car ils jugent leur laideur tellement intéressante qu’elle en devient exposable. Pour une classe sociale aisée et « savante » qui décline ses amusements (non sans mépris), l’objet kitsch reste de mauvais goût, mais, « sous contrôle », il devient drôle. Le plaisir qu’il suscite n’est pas transgressif. Il est provoqué par le ridicule de l’objet, aimé pour son ridicule même.