L’œil de Noberto Bobb​io

La balle au centre, entre sécurité et liberté

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Cet article est issu du numéro 110 de Philosophie magazine « Quelle part d’enfance gardons-nous ? », en kiosque le 01 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Si l’ironie m’est permise, nous autres Italiens avons une fois de plus montré la voie. Nous avons la fâcheuse manie de créer les phéno­mènes politiques que nos amis européens copient. C’est ainsi que l’Italie fut le berceau du fascisme, bien avant l’Espagne de Franco ou la France de Vichy. Le très populiste inventeur du bling-bling, Silvio Berlusconi, a su réconcilier les classes populaires avec le néolibéralisme avant Nicolas Sarkozy. Nous avons encore innové en mettant au pouvoir, en 2014, un président du Conseil de 39 ans – Matteo Renzi –, et voilà que les Français nous imitent à l’âge près !

« En politique, se situer au centre, c’est essayer d’englober la contra­diction »

Plaisanterie mise à part, la victoire d’Em­manuel Macron confirme directement deux propos que je tenais dans Droite et Gauche, en 1994, mais me conduit à en revisiter la thèse principale. Primo, dans cet essai, je m’im­provisais logicien pour avancer une définition du centre en politique. La logique classique est fondée sur le principe du tiers exclu, qui enseigne qu’une proposition et sa contra­dictoire ne peuvent être vraies ensemble. La phrase “il pleut et en même temps il ne pleut pas” n’a donc aucun sens. Cependant, le centre en politique se rapprocherait plutôt de ce que la physique contemporaine appelle le tiers inclus. Pour un politicien, se situer au centre, c’est essayer d’englober la contra­diction, d’affirmer simultanément les valeurs de droite et de gauche. Cette stratégie inclu­sive neutralise les adversaires. Quand Emma­nuel Macron nomme l’ex-Républicain Édouard Philippe Premier ministre, il offre aux Français la cohabitation avant même que ne soient votées les législatives. Comme si Mitterrand avait choisi Jacques Chirac en mai 1981 pour occuper tout l’espace politique.

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