Un classique éclaire le présent

“La décroissance, c’est l’appauvrissement” : vraiment ?

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André Gorz (1923-2007), le 23 avril 1993

André Gorz (1923-2007), le 23 avril 1993. © Marc Chaumeil/Divergence

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« La décroissance, c’est l’appauvrissement et la fin de notre modèle social », soutenait il y a peu le Premier ministre Gabriel Attal dans son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. Totalement faux, lui aurait rétorqué le philosophe de l’écologie André Gorz.


 

La décroissance conduit-elle à l’appauvrissement, comme l’affirmait Gabriel Attal récemment dans son discours de politique générale ? L’idée semble aller de soi : la diminution de la production conduit à une diminution de la richesse globale. Le gâteau à partager est moins gros ; la part de chacun est, par conséquent, moins importante. Par contraste, en période de croissance, le gâteau est plus grand et chacun en bénéficie. Peut-être pas de la même manière, nuancera-t-on : les plus aisés s’enrichissent parfois davantage, mais les plus modestes peuvent y gagner aussi, suivant la théorie du ruissellement.

C’est la croissance qui crée de la pauvreté !

C’est à cette idée que s’est attaqué le philosophe André Gorz (1923-2007), qui a forgé le terme de « décroissance ». Gorz souligne tout d’abord la distinction entre misère et pauvreté dans Leur Écologie et la nôtre (1975). La misère est une notion absolue : elle désigne l’« insuffisance de ressources nécessaires pour vivre ». La pauvreté, en revanche, est relative, et désigne la « privation de jouissances accessibles à d’autres ». Les critiques de la décroissance agitent le spectre d’une sorte de retour à l’âge de pierre, qui conduirait selon eux à un état de misère généralisé. Mais pour Gorz, la question est d’emblée biaisée. Les sociétés contemporaines produisent beaucoup plus que le strict nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux des citoyens. La partie de l’économie qui assure ou devrait assurer la satisfaction de ces besoins n’est pas le cœur de la machine à croître. « Les besoins sont limités et ne peuvent assurer une croissance indéfinie de la production. Les envies et le désir du superflu, en revanche, sont potentiellement illimités » (Métamorphoses du travail, 1988). C’est cette économie du superflu, du non-vital, qui est le véritable réacteur de la croissance.

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Le grand mensonge de la “croissance”, mis au jour par André Gorz