La faute à Nietzsche, Foucault et Derrida ?

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(cc) Wikimedia Commons / Gustav Schultze

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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ils auraient rendu “respectable le fait de se montrer cynique envers les faits et la vérité” : le philosophe américain Daniel Dennett tacle les penseurs de la post-modernité dans un récent article du quotidien britannique “The Guardian”. À tort ou à raison ? Claudine Tiercelin et Gayatri Chakravorty Spivak, deux intellectuelles que tout oppose, prennent position.

Claudine Tiercelin : “Des auteurs comme Nietzsche, Foucault et Derrida ont bien cherché à nous ‘débarrasser’ du concept de vérité” 

Ils ont martelé qu’il n’y a pas de faits mais seulement des interprétations, que notre esprit n’est pas un “miroir” de la nature, que les vérités ne sont que des erreurs utiles ou de pieux mensonges, et qu’il faut se libérer du dogmatisme universaliste. Tout discours prétendant incarner la Vérité traduirait une volonté de pouvoir et de domination. Il faudrait la déconstruire, en substituant à cette mystérieuse quête de fondements qu’est la “recherche de la vérité”, une analyse généalogique des effets de savoir et de pouvoir, maniés par des maîtres de vérité. À la fiction d’un mode de validation universel et objectif du vrai, ils opposent des “régimes de véridiction” au gré d’une pluralité de discours aussi arbitraires que valables. Cette vision n’est pas pour rien dans le discrédit de la vérité en politique – pensons à Hannah Arendt et aux heideggeriens. Elle inspire aussi “l’abstinence épistémique” prônée par John Rawls, autrement dit sa préférence – partagée par Jürgen Habermas – pour un modèle ne se prononçant pas sur la vérité ou la fausseté de nos croyances, mais où l’on parvient à un “consensus par recoupement”, censé respecter un “pluralisme raisonnable”. Depuis toujours, on doute d’une possible définition du vrai, comme d’une identification correcte de ses critères. On conteste l’illusion d’une correspondance de l’esprit avec les choses. Et ceux qui définissent le vrai par la cohérence, l’utile, le vérifié, en sont pour leurs frais. Les positivistes logiques, les pragmatistes et les théoriciens analytiques de la vérité ne sont pas des dogmatiques. Maints post-modernes seraient étonnés, s’ils les lisaient, de voir qu’ils défendent une conception minimale, voire déflationniste du vrai. 

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