La Force, c’est quelque chose…

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La Force, c’est quelque chose…

(cc) Gonzalo Martín / Flickr

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Le philosophe Baptiste Morizot analyse le jediisme, religion postmodernede la Force dont les dieux doivent se soumettre à des examens biologiques. Une métaphysique à base d’exercices, avec quelque chose en plus.

En 2001, un recensement dans les pays anglo-saxons a fait émerger un phénomène intriguant : plus de 500 000 personnes ont inscrit, dans la case « religion » : « jediisme », ou « chevalier Jedi ». De ce fait divers sociologique émerge une hypothèse : la croyance en la Force serait-elle un symptôme des besoins métaphysiques d’une civilisation qui a tué Dieu ?

D’abord, croire en la Force, c’est croire qu’il y a « quelque chose » dans l’Univers. Le quelquechosisme est le nom parodique que la théologie donne à une croyance contemporaine, révélée par les sondages. Si beaucoup d’entre nous ont renoncé aux religions traditionnelles, ils croient, tout de même, qu’il y a bien « quelque chose ». Le quelquechosisme est probablement la religion la plus répandue en Europe occidentale au XXIe siècle. Sous son allure comique, cette croyance est bien plus riche de contenu qu’il n’y paraît. D’abord, elle est puissamment affirmative : dire qu’il y a quelque chose, c’est dire qu’il y a quelque chose plutôt que rien. C’est bien l’inverse d’un athéisme. Mais enfin, et surtout, dire qu’il y a quelque chose, c’est une manière élégante de dire que ce n’est pas quelqu’un.

Le jediisme, ou religion de la Force, est un quelquechosisme du XXIe siècle. D’abord, la métaphysique de la Force exclut tout dieu transcendant. Il n’y a pas de Dieu personnel, au-dessus du monde, doté d’une Volonté et d’un Plan. La Force est une entité immanente, présente dans tout être vivant, et quantifiable en termes de « midi-chloriens », des particules cellulaires. C’est une religion qui commence par une biologie moléculaire. Cela sonne comme l’air du temps. C’est en dosant le taux d’organites dans le sang du jeune Anakin Skywalker que Qui-Gon Jinn découvre qu’il est le Messie. Le quelque­chosisme du futur devra passer les épreuves de la science : les dieux devront être mesurables expérimentalement.

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