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La génération Y décroche partout
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Cet article est issu du numéro 98 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’être fort ? », en kiosque le 24 mars 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Alors que la France se divise sur le projet de loi El Khomri, qui cherche à faciliter l’emploi des jeunes en introduisant plus de flexibilité dans le contrat de travail, une étude réalisée dans huit des plus grandes économies mondiales sur la situation économique de la génération « Y » et publiée dans The Guardian révèle que, partout dans le monde occidental, la situation des moins de 35 ans décroche par rapport à ses aînés. Il y a trente ans, les jeunes gagnaient plus que la moyenne nationale ; dorénavant, leurs revenus sont 20 % inférieurs à cette moyenne. En valeur absolue, ils ont certes augmenté un tout petit peu, mais, en valeur relative, par rapport à la croissance des revenus des générations supérieures et à l’augmentation du coût de la vie (études, logement, etc.), ils ont beaucoup baissé. Aux États-Unis, les moins de 30 ans sont devenus plus pauvres que les retraités, et les dettes que contractent les étudiants pour leurs études explosent. En Grande-Bretagne, c’est l’accès à la propriété de la jeune génération qui est devenu problématique, tandis qu’ailleurs en Europe, l’enjeu réside dans l’accès à l’emploi. En Espagne et en Italie, le nombre élevé de trentenaires qui vivent encore chez leurs parents a des implications sur les naissances et la formation des familles. En France, pour la première fois, les nouveaux retraités gagnent plus que les cinquantenaires ! Si les jeunes interrogés disent tous leur sentiment d’être confrontés à des obstacles plus grands que leurs aînés pour s’établir comme des adultes indépendants, ils ne sont pourtant pas en révolte. D’après les auteurs de l’étude, ce serait même « la génération la plus indulgente de l’histoire ». Ce sont les liens affectifs et les transferts financiers qui comblent en partie, chez les plus aisés, l’écart qui s’est creusé. Aussi la vraie fracture passe-t-elle aujourd’hui entre les jeunes qui sont aidés ou pas par leurs parents. Comme le dit depuis longtemps Louis Chauvel, auteur de Destin des générations (PUF, 1998), « la guerre des générations est passée des valeurs aux conditions d’existence. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité et en période de paix, on gagne moins à travailler à temps plein entre 30 et 40 ans qu’à ne rien faire entre 60 et 70 ans ». Une transformation qui explique peut-être la réaction de cette génération-là lorsque, du contrat première embauche (CPE) à la loi El Khomri, elle a l’impression d’être encore plus fragilisée.