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La subversion par l’amour

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Cet article est issu du numéro 14 de Philosophie magazine « 14 - novembre 2007 », en kiosque le 25 octobre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

André Gorz et sa femme Dorine ont mis fin à leurs jours le 24 septembre 2007. Journaliste éclairé, ce philosophe de l'émancipation a anticipé les grandes métamorphoses du travail et posé les bases d'une réflexion sur l'écologie.

Ses amis l’appelaient Gérard. C’est d’ailleurs sous ce prénom que je l’ai connu. Et c’est ainsi que j’ai appris la nouvelle, le 24 septembre dernier : « Gérard et Dorine se sont suicidés. » Dans la vraie vie, celle des idées et de ses combats, et sur la couverture des livres, il était le philosophe André Gorz. Il fut aussi le journaliste Michel Bosquet, qu’aucun lecteur de la presse de l’époque n’a pu oublier.

Gérard Horst, donc, est né à Vienne en 1923, d’une mère catholique et d’un père juif. Il fuit l’Autriche nazifiée pour étudier à Lausanne, officiellement la chimie, en réalité la littérature, la philosophie et la langue française qui, pour lui, ne font qu’un, à travers une lecture assidue de Valéry, Mallarmé, Giraudoux, entre autres… De Sartre, il aura tout lu, ou presque, lorsqu’il le rencontre en 1946, à Lausanne, où le « pape de l’existentialisme » est venu donner une conférence. Une rencontre décisive, comme il convient de dire : leur longue conversation va sceller son destin, lequel n’aurait pas été ce qu’il fut sans l’autre rencontre, un an plus tard, avec Dorine, belle et brillante jeune Anglaise de passage en Suisse. Une histoire d’amour naît, l’histoire d’un amour unique et sans partage, qui durera très exactement soixante ans, presque jour pour jour. Avant que Gérard et Dorine ne décident d’y mettre fin pour que, justement, elle ne finisse jamais.

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