Le décryptage

L’animal, si proche, si loin…

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Cet article est issu du numéro 165 de Philosophie magazine « La question woke », en kiosque le 01 décembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

POURCENTAGE DE CAPACITÉS HUMAINES POSSÉDÉES
Proximités cognitives

77 % Porc
71 % Poule
57 % Abeille
49 % Pieuvre
43 % Carpe
26 % Crevette
Proximités hédoniques
Porc 64 %
Poule 60 %
Pieuvre 53 %
Carpe 53 %
Abeille 32 %
Crevette 26 %
TRAITS COMMUNS LES PLUS ATTESTÉS
100 % Apprentissage
100 % Communication
91 % Comportements d’anxiété
91 % Coopération
TRAITS COMMUNS LES MOINS ATTESTÉS
Honte 0 %
Fierté 0 %
Culpabilité 0 %

Les recherches mettant en évidence, chez beaucoup d’animaux, des capacités psychiques, affectives et cognitives insoupçonnées, comme la mémoire, l’apprentissage, la sociabilité ou la séduction, se multiplient depuis quelques décennies. Dans une étude parue le 7 novembre pour l’association Rethink Priorities, le philosophe Bob Fischer a compilé une grande partie de ces données éparses afin de donner une vision d’ensemble de l’état de la science. 82 capacités attestées chez l’humain ont été prises en compte, réparties en deux catégories : 47 capacités « hédoniques » (ressentir du plaisir, de la peine, de la souffrance…) et 35 capacités « cognitives » (utilisation d’outil, projection dans le temps…). Parmi les espèces testées (qui ne comprennent pas nos plus proches cousins, les singes), les porcs – dotés de 72 % des capacités évaluées – sont en tête dans toutes les catégories. Rien de surprenant : ces mammifères sont réputés pour leur intelligence. L’étonnement grandit lorsque l’on jette un œil aux résultats d’animaux plus éloignés de l’être humain d’un point de vue évolutif. Les carpes possèdent ainsi plus de la moitié des traits retenus dans l’étude : elles sont vraisemblablement capables d’éprouver des formes de dépression et de stress post-traumatique. La mouche soldat noire et le ver à soie, jugés plus primitifs encore, sont très probablement capables de comportements coopératifs. La vie psychique des animaux est donc bien plus riche que nous l’avons cru pendant des siècles. De quoi remettre en question la ligne de partage entre l’homme et l’animal ? De nombreux philosophes ont affirmé une continuité entre les deux. Montaigne écrit ainsi dans ses Essais : « Il y a, sauf le plus et le moins, entre nous une perpétuelle ressemblance. » L’être humain dévalorise les animaux par ignorance et par orgueil. Descartes, tenant d’une position discontinuiste, critique le propos de Montaigne. Pour le théoricien de l’animal-machine, les bêtes « ne nous imitent […] qu’en celles de nos actions qui ne sont point conduites par notre pensée ». Le débat perdure. Car si la recherche scientifique plaide pour un rapprochement, certaines capacités (culpabilité, honte, etc.) restent pour l’heure, faute de preuves, l’apanage de l’homme..

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