Entretien

Larry R. Squire : “L’être humain est très fort pour faire un voyage mental dans le passé”

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Larry R. Squire : “L’être humain est très fort pour faire un voyage mental dans le passé”

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Cet article est issu du numéro 127 de Philosophie magazine « L’étrange logique de la mémoire », en kiosque le 21 février 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment notre cerveau enregistre-t-il nos souvenirs ? Pourquoi en efface-t-il certains tandis que d’autres restent vivaces ? Neuroscientifique le plus en pointe sur la mécanique subtile de la mémoire, l’Américain Larry R. Squire nous livre l’essentiel des découvertes contemporaines.

 

Il y aurait ceux qui ont une bonne mémoire visuelle et ceux qui ont la mémoire des visages ou des noms propres… Est-ce confirmé par la science ?

Larry R. Squire : C’est vrai… en un certain sens. Ce que nous appelons un « souvenir » n’est que le résultat final d’un processus qui commence avec l’attention. Or nos capacités d’attention et de mémorisation sont liées à nos centres d’intérêt ainsi qu’à nos habitudes. Un portraitiste aura une mémoire des visages plus développée. Les mathématiciens sont meilleurs pour se souvenir des chiffres. Un exemple que j’aime bien est celui du tennis : si vous regardez un match à la télévision, vous serez peut-être passionné par les retournements de situation, mais un tennisman professionnel à la fin du match pourra vous proposer une analyse de la première balle du troisième set. La qualité de la mémorisation s’accroît avec l’expertise.

 

Ce n’est donc pas une aptitude innée ?

La génétique a une influence assez large, aussi nos gènes déterminent-ils certainement des aptitudes expliquant que tel deviendra mathématicien et tel autre tennisman. Mais c’est à travers l’entraînement que l’aptitude à mémoriser se développe.

 

Vous développez une distinction, qui fait autorité en neurosciences, entre la « mémoire déclarative » et la « mémoire non déclarative ». Pouvez-vous expliquer ces deux catégories ?

Lorsqu’on emploie le mot « souvenir », nous nous référons à la mémoire déclarative. C’est la mémoire consciente, celle qui nous permet d’évoquer les événements passés et ce que nous avons appris. Cette mémoire déclarative est localisée dans une partie du cerveau, l’hippocampe, ainsi que dans les lobes temporaux. Quand certains patients ont une lésion de l’hippocampe, ils souffrent d’amnésie. Mais en travaillant avec ces malades tout au long des années 1970 et 1980, nous avons découvert que, s’ils ne pouvaient pas raconter leur jeunesse, ils avaient conservé malgré tout de nombreuses compétences : ils savent encore nouer leurs lacets, tenir une petite cuillère ou faire du vélo. C’est ce qui nous a conduits à isoler le rôle de la « mémoire non déclarative », qui désigne ces acquisitions reposant sur l’expérience, et donc sur une forme de mémorisation, sans que nous ayons pour autant accès au contenu de cet apprentissage.

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