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L’autonomie de la politique
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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le philosophe devient dangereux quand il veut soumettre la politique à la norme du Vrai. C’est là l’erreur de Platon, comme celle de Martin Heidegger… Telle est la critique du philosophe-roi que formule, au nom du relativisme, Barbara Cassin.
« Nous [...] ne pouvons guère nous empêcher de trouver frappant, et peut-être scandaleux, que Platon, comme Heidegger, alors qu’ils s’engageaient dans les affaires humaines, aient eu recours aux tyrans et aux dictateurs. » La cause en est, d’après Hannah Arendt, dans une déformation professionnelle des philosophes. C’est même la raison pour laquelle elle refuse d’être appelée « philosophe », de faire de la « philosophie politique » : « Depuis Platon ce n’est plus possible ! s’exclame-t-elle. C’est dans l’essence de la chose même, c’est-à-dire dans la question politique comme telle, que réside l’hostilité. »
Qu’est-ce qui est insupportable au juste dans le rapport entre philosophie et politique ? On peut appeler cela l’« hétéronomie du politique » : que le philosophique détermine le politique. Platon fournit le modèle de cette position, avec son philosophe-roi pour qui la theôria, la contemplation des idées et la science dialectique sont l’unique condition du bon gouvernement. Cette option métaphysique court de Platon à Heidegger. Heidegger l’énonce à sa manière dans le Parménide, en faisant résonner sous le terme polis, la « cité », le vieux verbe grec pelein, qui signifie einai, « être ». Il soutient que « c’est seulement parce que les Grecs sont un peuple absolument non politique » qu’ils ont pu et dû en venir à fonder la polis. L’essence du politique serait l’ontologie, autrement dit la connaissance des choses, le savoir vrai auquel tous devraient se soumettre.