Le bonheur est dans le fossé

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Le bonheur est dans le fossé

© Micaël pour PM

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Cet article est issu du numéro 14 de Philosophie magazine « 14 - novembre 2007 », en kiosque le 25 octobre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Peut-être le bonheur ne fait-il pas partie de ces choses qui se méritent ou se conquièrent. Peut-être est-il par essence un vagabond, sur lequel la volonté a peu de prise, à l’image des rêves qui traversent notre sommeil.

Prenons un exemple. Imaginez-vous tout au bout des plateaux de l’Anatolie, près de Hasankale, ancienne citadelle arménienne. Votre bagnole, usée par le voyage, donne ses premiers signes de faiblesse. Vous avez passé la soirée de la veille à réparer l’allumage en compagnie de deux chauffeurs bénévoles. L’eau et le savon, vous ne les avez pas vus depuis quelques jours. Après avoir roulé toute la nuit, épuisé, vous coupez le moteur. Et vous décidez d’attendre le lever du soleil dehors, protégé de la fraîcheur par une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure sur les oreilles. « On regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s’en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards… » Le voyage agit sur vous comme une purge, il a fait table rase de vos habitudes et de la cuisine peu ragoûtante de vos soucis. Vous êtes prêt ? Voici le bonheur, bref et léger comme un souffle. « On s’étire, on fait quelques pas, pesant moins d’un kilo et le mot “bonheur” paraît bien maigre pour décrire ce qui vous arrive. »

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