Ce que sait la main
Le code de l’effeuilleuse, portrait de Mara de Nudée
Mara de Nudée créatrice de revue de cabaret. ©Victorine De Oliveira
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Cet article est issu du numéro 201 de Philosophie magazine « Le sentiment océanique. Peut-on faire l'expérience de l’infini ? », en kiosque le 10 juillet 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À l’heure où la nudité est à portée de clics, cette créatrice de revue de cabaret explique comment l’art du dévoilement lui permet de rendre chair au désir tout en renversant la tyrannie du regard masculin.
Mara est un sacré numéro ! À vrai dire, elle en a même plusieurs sous le chapeau : tantôt elle emprunte la silhouette androgyne de Marlene Dietrich, tantôt le mystère pailleté de Mata Hari, tantôt les plumes d’une autruche avec laquelle elle forme un duo hilarant. Autant de sophistication pour… finir dans le plus simple appareil ! Car quel que soit le costume, l’effeuilleuse retourne toujours à sa tenue d’Ève – ou presque. À l’heure où seuls certains réseaux sociaux pudibonds s’émeuvent encore de l’apparition d’un téton, l’art de Mara de Nudée rend à la nudité, ou plutôt à son dévoilement progressif, toute sa tension subversive. C’est que l’effeuillage est une pratique de déshabillage codifiée, destinée à susciter le désir mais aussi à rendre toute son épaisseur au réel, couche par couche, voile scintillant par gaze virevoltante.
Dans La Scandaleuse, la revue de cabaret qu’elle a créée il y a un peu plus d’un an aux Belles Poules, une ancienne maison close parisienne, Mara incarne des personnages de femmes indépendantes, parfois désabusées, qui se jouent des regards – mention spéciale à la veuve joyeuse aux nombreux maris cyanurés. Entre ces murs marqués par l’exploitation patriarcale et coloniale des corps – les fresques exposées en témoignent encore –, il n’est pas anodin d’inviter une petite troupe de femmes à se déshabiller sous le regard d’un public très peu mis à distance. Parmi les spectateurs se trouvent des jeunes, des plus vieux, des hommes, des femmes, des couples, des touristes en quête d’un Paris rétro comme des curieux d’histoire, que les artistes rappellent sans cesse. Une seule règle : on ne touche pas.