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“Le Couteau” : les versets socratiques de Salman Rushdie

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“Le Couteau” : les versets socratiques de Salman Rushdie

Salman Rushdie

©Rachel Eliza Griffiths / Gallimard

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Dans son nouveau livre, Le Couteau, qui paraît aujourd’hui dans le monde entier (et en France chez Gallimard), Salman Rushdie revient sur la tentative d’assassinat dont il a été victime en 2022 et engage une conversation imaginaire avec son agresseur. Dans ces dialogues aussi bouleversants que déroutants, la figure de Socrate, mentionnée incidemment par l’écrivain, peut- être vue comme le modèle central de sa démarche. C’est la lecture lumineuse que vous propose Alexandre Jadin.


« L’importance de préserver la sécurité des écrivains » : c’était le thème de la conférence que devait donner Salman Rushdie la matinée du 12 août 2022 à Chautauqua, une ville située en bordure des Grands Lacs américains. La conférence n’a pas eu lieu. La flèche lancée par une fatwa en 1989 contre lui, ses éditeurs et ses traducteurs a fini par retomber, le frappant de quinze coups morbides à la porte de son corps. 

Le meilleur usage du couteau

Sous-titré « Réflexions sur une tentative d’assassinat », son nouveau livre, Le Couteau, revient sur l’événement, « à la première personne ». La raison ? « Lorsque quelqu’un vous inflige quinze blessures, cela devient décidément une histoire très personnelle. » Une première pour l’écrivain, qui y détaille ces blessures avec la légèreté ironique qu’on lui connaît. Comment se remettre d’une telle atteinte à sa vie ? Pas tout seul, répond Rushdie. Il y a d’abord cette « masse de corps qui luttaient pour plaquer mon aspirant assassin » une fois les premiers coups portés. Ces soignants aussi qui le rapiècent, l’agrafent, le sondent, le cousent, le scannent, lors d’une longue convalescence émaillée de rechutes. Mais il y a également la présence des amis, de sa famille, de sa femme Eliza, rendant la rémission possible par l’amour ainsi porté. Et puis, enfin, le « sentiment que vous n’êtes pas seul » issu des vagues de soutien du monde entier, d’anonymes comme de politiques (de Biden à Macron, sans passer par l’Inde, dont l’écrivain est originaire, « qui ne trouva rien à dire ce jour-là »).

➤ À lire aussi : l’entretien que nous avait accordé Salman Rushdie en 2017.

« Les mots sont les seuls vainqueurs », concluait La Cité de la Victoire (Actes Sud, 2023), son précédent roman. L’écriture pourrait-elle donc aussi l’aider ? S’il « n’aime pas l’idée que l’écriture soit une thérapie », il est convaincu qu’« écrire cette histoire » pourrait contribuer « à reprendre le contrôle sur les événements ». Et l’écrire, cela passe par un protagoniste avec qui il a partagé vingt-sept secondes d’intimité partagée autour de près de la moitié de coups de couteau. Le couteau, précisément, qui est « moralement neutre » : il peut servir aussi bien à découper « la première part d’un gâteau de mariage » qu’à tenter d’assassiner un écrivain de 75 ans. À la différence d’une arme à feu, qui n’a dans ses métadonnées sémantiques que l’exercice de la violence, le couteau résiste à l’assignation signifiante. Aussi est-il possible de se l’approprier par les mots : « le langage aussi était un couteau, capable d’ouvrir le monde, d’en révéler le sens, les mécanismes internes, les secrets, les vérités ». Pouvait-on imaginer meilleur usage d’un couteau ?

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