À la loupe

Le monde selon Trump : les 1 000 visages de la flagornerie

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Le monde selon Trump : les 1 000 visages de la flagornerie

Washington, D.C. (États-Unis), le 5 septembre 2025. Lors d’un repas organisé à la Maison-Blanche entre Donald Trump et les grands patrons du secteur technologique, Bill Gates, Sam Altman ou encore Mark Zuckerberg ont été sommés de présenter leurs hommages au président américain. © Alex Brandon/AP Photo/Sipa

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Flatteries obscènes, compliments diplomatiques, comparaisons avantageuses… Depuis que Trump gouverne, la flagornerie sous toutes ses formes explose. Comment se manifeste-t-elle et quels sont ses effets sur la politique ? Analyse avec La Bruyère et le baron d’Holbach.


 

« Vous voyez combien ils vous aiment », a glissé le président israélien Isaac Herzog à l’oreille de Donald Trump lors de la visite officielle de ce dernier à la Knesset le 13 octobre, après la libération des otages dont il a été l’instigateur. La scène en elle-même, mais surtout son mode – le chuchotement – condense à elle seule ce que peut signifier « flagorner », terme désignant la flatterie qui renvoyait au XVe siècle au fait de « rapporter, dire à l’oreille ». Il y a, dans la flagornerie, un désir d’intimité. Le flagorneur s’approche du prince, le séduit pour lui chuchoter des informations plaisantes à entendre. 

La parade des flagorneurs

Mais sous l’ère Trump, l’art normalement discret de la flagornerie est devenu une pratique politique officielle. Il n’est presque plus caché. Les logiques de déférence et de servilité manifestes qui prévalaient à la cour du roi ont retrouvé leur place à la Maison-Blanche… et dans tous les lieux où Trump officie. Lors de sa visite au Parlement israélien, Trump s’est fait accueillir par deux minutes de standing ovation au son des trompettes victorieuses et des hourras. Dans l’assemblée, les spectateurs portaient des casquettes inscrites « Trump the peace president » [Trump, le président de la paix]. S’en est suivi un vibrant éloge de président de la Knesset Amir Ohana, qui a présenté Trump comme un « géant de l’histoire juive » qui marquera l’histoire « pour des milliers d’années ».

“Le principe même de la flagornerie consiste à exagérer”

 

Cet usage de superlatifs et de figures de style dévoile une des dimensions principales de la flagornerie : elle est un art de la surenchère, de l’excès. Autrement dit, on ne peut pas être flagorneur à moitié, car le principe même de la flagornerie consiste à exagérer. Par ailleurs, la flagornerie est souvent contagieuse. La vague de compliments a tendance à se répandre, à se diffuser de proche en proche – ce qui la rend particulièrement impressionnante. Il y a chez les flagorneurs une véritable « fureur de dire du bien », explique La Bruyère dans ses Caractères (1688). « Les louanges » ont pour cette raison tendance à « déborde[r] » et à « inonde[r] » l’espace, poursuit le moraliste. En l’occurrence, ce débordement de compliments a été activement initié par Trump lui-même, qui a toujours pratiqué sans retenue un éloge très actif de sa propre personne. « Son emblème est l’autopromotion. Ses immeubles sont hauts et dorés, avec le nom “TRUMP” inscrit en lettres majuscules », relève Giuliano da Empoli dans Les Ingénieurs du chaos (2019).

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