Le graphique
Le peuple contre la démocratie
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Cet article est issu du numéro 122 de Philosophie magazine « 122 - septembre 2018 », en kiosque le 23 août 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le populisme est-il en train de creuser un nouveau fossé séparant non seulement le peuple et les élites, mais aussi, au sein de chaque camp, une tendance populiste et une tendance « classique » ? C’est ce qui apparaît à l’examen de l’enquête menée par le Pew Research Center auprès de plus de 16 000 personnes dans huit pays européens et publiée en juillet dernier. Pour cerner le degré de méfiance vis-à-vis des élites politiques, il a d’abord été demandé si « les gens ordinaires feraient ou ne feraient pas un meilleur job que les élus officiels dans la résolution des problèmes du pays » et si « la plupart des élus officiels se soucient ou pas de ce que pensent des gens comme moi ». On a ensuite invité chacun à se positionner sur le spectre politique, en allant de 0 (extrême gauche) à 6 (extrême droite). Il apparaît que, gauche, droite et centre sont clivés entre deux franges quasi égales : populistes et « classiques » (mainstream dans l’enquête). Mais c’est sur le sentiment d’être privé du pouvoir de décision, plus que sur les questions sécuritaires et identitaires (comme la question des migrants) ou culturelles (comme le droit des homosexuels à adopter des enfants) que repose ce nouveau clivage. Si, à droite, l’immigration joue un rôle important, il n’est pas décisif : une majorité d’Européens (66 % contre 28 %) pense que les migrants « rendent l’économie plus forte grâce à leur travail » et n’aggravent pas la menace terroriste – même s’ils sont près de 50 % à penser le contraire au sein de la droite populiste française et allemande, et 71 % du côté de la droite populiste italienne. C’est la méfiance dans les institutions (parlements ou banques centrales) et la volonté de rapatrier à l’échelle nationale une partie du pouvoir qui fait le lit du populisme.